Culture Libre

mars 18th, 2009

culture libre - L.L

Au moment où la loi HADOPI est en passe d’être votée, il est plus que jamais utile de comprendre les enjeux liés aux droits d’auteurs à l’heure du partage et de l’échange de fichiers généralisés. Le livre (papier et numérique) Culture Libre de Lawrence Lessig - ici en ebook à télécharger - situe les enjeux de la culture du XXIe siècle, avec un regard essentiellement porté sur le système américain.

“Le copyright (ou le droit d’auteur, les subtiles différences entre ces deux régimes juridiques n’ont pas la moindre importance ici), est entré avec fracas dans l’ère du numérique. Aujourd’hui, il est devenu une menace majeure pour la Culture. Pas pour l’industrie de la Culture, mais pour la Culture, une distinction qui, en France, a disparu.Ce n’est pas la première fois qu’une loi que l’on pensait éternelle se heurte de façon violente à un changement majeur de son environnement technologique. Dans ce livre, Lawrence Lessig nous raconte comment, en son temps, le droit de propriété terrien s’est lui aussi heurté à une invention, l’aviation, et a été, lui, révisé pour faire place au progrès. L’interaction entre la technologie et le droit, dans laquelle le politique joue un rôle majeur, est l’un des grands enjeux de notre époque. Ne nous y trompons pas, la crise économique actuelle n’y changera rien, pas plus qu’elle n’effacera d’autres enjeux majeurs comme le réchauffement climatique. Ce  n’est qu’au prix d’une révision des lois régulant la propriété sur les oeuvres de l’esprit que nous pourront pleinement entrer dans la culture du XXIe siècle, et cette bataille est loin d’être gagnée. ” Fabrice Epelboin
Le lecteur pourra aussi se tourner vers la célèbre anthologie du libre “Libres enfants du savoir numérique” préparée par Olivier Blondeau et Florent Latrive, disponible - comme Culture libre - à la fois en livre [ MARS 2000- ISBN : 2-84162-043-3. 11×18. 504P ] aux Editions de l’Eclat et en document numérique (ici en html) sur le web : http://www.freescape.eu.org/eclat/
libres enfants

Ristelhueber

robert frank

¬ Au Jeu de Paume (Concorde), première grande rétrospective du travail de Sophie Ristelhueber. On peut y voir son travail photo et vidéo. De grands tirages photo où sont mis en parallèle des lieux témoins de la trace de l’homme (première guerre du golf, traces de manœuvres militaires) et de photo de corps, lieux témoins eux aussi d’une certaine violence passée (corps cicatrisés). Ont peut y voir aussi une série sur Beyrouth en ruine. En somme, nature, architecture et corps deviennent “matière et mémoire” d’une histoire passée dont en oubli l’action mais dont la vision des séquelles nous ramène à une émotion vive de douleur personnelle (personnelle parce que la décontextualisation, voulue, des lieux et le caractère impersonnel des corps nous amène à une projection introspective).

¬ Ensuite, on ne peut pas manquer une exposition de Robert Frank ! Le jeu de paume propose d’y voir la fameuse série “les américains”, dépeignant dans un style documentaire subjectif (poésie noire et mélancolique) une Amérique ordinaire, dans son quotidien, avec un sentiment légèrement désanchanté. Se situant entre la représentation presque magnifiée de Friedlander et celle désespérée (plus tard) de Larry Clark. Il est important de rappeller que Robert Frank (est Suisse) et était un grand ami de Jack Kerouac, le rapprochant de la “beat generation”. Puis une autre série est présentée, antérieure aux américains, sur le Paris d’après-guerre. Le parallèle entre les deux est intéressant et semble presque être en écho de la programmation en novembre dernier à la fondation Henri-Cartier Bresson, proposant de voire une série de Walker Evans sur Paris et de H.-C. Bresson sur les Etats-Unis.
(A noter, qu’il est intéressant de pouvoir voir en vrai les tirages de Robert Frank, qui ont la particularité d’être très sombres avec des ombres souvent bouchées, ce qui donne une ambiance particulièrement lourde. Mais lorsqu’une lumière apparait dans le cadre pour mettre en évidence un petit détail, il apparait souvent presque comme un élément d’espoir, voire de délivrance. Il me semble que les reproductions livres sont plus équilibrées, “mieux” tirées, elles perdent à mon goût, un peu d’âme)

Controverses en contexte

mars 9th, 2009

controverses BNF

Si vous vous trouvez sur Paris du 3 mars au 24 mai, je vous conseille, à la BNF, une exposition sur des photos qui ont fait controverse. La plupart sont des pierres angulaires de l’histoire de la photo voire même plus largement de l’histoire de l’art. Présentées chronologiquement, les premières sont fondatrices de l’inscription de la photo en tant qu’art reconnu, et déjà auto réflexives (”autoportrait en noyé”, 1840, de Bayard). D’autres questions se posent, comme le problème de reproductibilité (valeur marchande et ventes faussées car reproduites et non originales) et de la manipulation (photomontages et trucages comme instruments de propagande, au service Staline par exemple qui prenait plaisir à effacer ses opposants politiques ayant posés avec lui antérieurement, pour clairement signifer au peuple la ligne politique à adopter pour rester dans le paysage politique !) (ou la fameuse photo de Robert Capa, “mort d’un soldat républicain”, 1936). Controverses et scandales aussi lorsque certains clichés dépassent l’éthique et la morale du moment, comme la dernière photographie de lady Diana, par Langevin, 1997 ; ou la question de la nudité enfantile suggestive pour certains. Bref, un tour d’horizon très riche ou chaque photo semble essentielle à l’histoire de la photo en révélant chacune un certain degré d’iconicité. On redécouvre certaines photos tellement ancrées dans le paysage qu’on en oublié leur contexte qu’on croit connaître mais dont on se surprant toujours à découvrir une nouvelle clé de lecture.

(un article intéressant) http://www.francesoir.fr/culture/2009/03/08/photo-controverses-en-contexte.html

merci de faire circuler

janvier 19th, 2009

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Culture en péril

septembre 22nd, 2008


YouTube Direkt

Dans ce clip il est question de cultures, de communication, de langage, et d’interprétation de celui-ci par celles là…

Merci à G. Chatonsky et C. Thomas pour ce repérage.

Depuis notre espace de réflexion des Lundis, appellé aussi “Qu’est-ce qu’un média ?“, nous tentons de comprendre leur évolution, leur syntaxe, leurs conditions d’apparitions, d’usages, de détournements, de naissances. Bref, d’avoir un regard sur eux qui déborde nos compétences et qui n’est mesuré que par nos appétances.

Les médias débordent nécessairement toute question d’information, de communication et de design graphique. Ils sont au coeur d’un processus ethnologique et sociologique complexe qui est un témoin pour mesurer les changements en cours dans notre monde contemporain. Ce texte croise - quoique dans une perspective différente - les préoccupations d’une autre investigation : Théorie de l’écran, de Raphaël Lellouche - texte introuvable maintenant, puisque le Centre Georges Pompidou ne semble pas vouloir adopter de politique claire de mise à disposition des archives de sa revue Traverses - et qui fera l’objet d’une synthèse commentée dans un autre article.

Le texte de Félix Guattari ci-dessous est une clé indispensable à la compréhension des enjeux actuels, sa petite taille ne doit pas évincer sa densité ni non plus sa portée. Il continue d’être le signe d’une pensée extrêmement affutée sur le monde, et qui traverse les années avec autant de bonheur que d’inquiétude. S’il est reproduit ici, c’est qu’il est déjà accessible ailleurs, un lien conduit vers sa version originale. L.D.A


VERS UNE ÈRE POST-MÉDIA

La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira sans doute dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image télé aboutit bientôt à ce que l’écran télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du récepteur télématique. Ainsi des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite nous permettront de zapper entre cinquante chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et une entrée vers une ère post-média consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.
À travers cette transformation, c’est la triangulation classique : le chaînon expressif, l’objet référé et la signification, qui se trouve remaniée. La photo électronique, par exemple, n’est plus l’expression d’un référent univoque, mais production d’une réalité parmi d’autres possibles. L’actualité télévisée résultait déjà d’un montage à part de composantes hétérogènes : figurabilité de la séquence, modélisation de la subjectivité en fonction des patterns dominants, pression politique normalisante, souci d’un minimum de rupture singularisante. À présent, c’est dans tous les domaines qu’une telle production de réalité immatérielle passe au premier plan, avant la production de liens matériels et de services.
Doit-on regretter le ” bon vieux temps ” où les choses étaient ce qu’elle étaient, indépendamment de leur mode de représentation ? Mais ce temps a-t-il jamais existé ailleurs que dans l’imaginaire scientiste et positiviste ? Déjà au paléolithique ? avec les mythes et les rituels ? la médiation expressive avait pris ses distances avec la ” réalité “. Quoi qu’il en soit, toutes les anciennes formations de pouvoir et leurs façons de modéliser le monde ont été déterritorialisées. La monnaie, l’identité, le contrôle social passent sous l’égide de la carte à puce. Les événements d’Irak, loin d’être un retour sur terre, nous font décoller dans un univers de subjectivité mass-médiatique proprement délirant. Les nouvelles technologies sécrètent, dans le même mouvement, de l’efficience et de la folie. Le pouvoir grandissant de l’engénierie logicielle ne débouche pas nécessairement sur celui de Big Brother. Il est beaucoup plus fissuré qu’il n’y paraît. Il peut exploser comme un pare-brise sous l’impact de pratiques moléculaires alternatives.
Félix Guattari

texte publié dans la revue Terminal n°51 en octobre 1990
disponible au téléchargement (.pdf) depuis la Revue Chimères

Notes à propos de B comme Boisson

En ce jour, nous regardons Gilles Deleuze se contorsionner devant les questions de Claire Parnet, et finalement mettre beaucoup de temps à les faire siennes. C’est du reste ce qu’il disait déjà dans le livre qu’ils firent ensemble : “La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m’aperçois que je n’ai strictement rien à dire. Les questions se fabriquent comme autre chose. Si on ne vous laisse pas fabriquer vos questions, avec des éléments venus de partout, de n’importe où, si on vous les “pose”, vous n’avez pas grand-chose à dire (1).”

Mais aujourd’hui : la boisson, épreuve de laquelle le philosophe est sorti grandi - du moins pouvons-nous le penser. Il évoque en effet avec beaucoup de distance ironique le “j’arrête quand je veux” de l’alcoolique ou du toxicomane. Mais il n’en reste pas là et pointe que l’enjeu de l’alcoolique est de gérer le dernier verre… ou plutôt l’anté-pénultième ou avant-dernier. Pourquoi l’avant-dernier ? Parce c’est selon lui, celui de la limite, celui au delà duquel continuer serait changer d’arrangement avec le monde. Continuer au delà serait devenir malade, dormir, s’écrouler, ne plus pouvoir tenir socialement un rôle attendu, etc. Ce serait sortir du cadre. Or, dans l’expérience alccolique, il ne s’agit pas de sortir du cadre mais de se maintenir à la limite.

Il évoque sans ambiguité le leurre que représente le recours à une drogue , qui - selon la croyance de celui qui s’y adonne - “aide” au travail, jusqu’au moment où elle rend toute chose impossible. Et puis c’est à travers la littérature et des exemples d’écrivains alcooliques qu’il poursuit. Ceux là qui ont recours à l’alcool s’y adonnent parce qu’il leur permet de “voir quelque chose de trop fort” qu’ils ne pourraient supporter sans celà.

[1] G. Deleuze et C. Parnet, Dialogues, 1977, rééd. Flammarion, 1992

Notes à propos de C comme Culture

Claire Parnet commence par relever que Gilles Deleuze se dit non cultivé, non intellectuel, et “sans aucun savoir de réserve”. Le philosophe explique qu’il n’y a là aucune ruse ni fausse modestie mais une question de méthode : ce qu’il apprend, il le fait pour les besoins de son travail philosophique. Et tout est oublié une fois le travail écrit. Il s’agit d’un rapport très particulier au savoir, qui ne capitalise pas, mais semble se focaliser sur une attitude devant l’inconnu, ce qu’il cultive c’est une curiosité, une attention. C’est ainsi qu’il explique combien pour lui, parler est “sale” et écrire “propre”. Il fustige avec humour les reconnus ou proclamés intellectuels pour leur rapport au savoir tout sur tout. Sa position est de dire que la culture n’est pas de savoir un maximum de choses et d’avoir des opinions sur tout mais plutôt d’être dans une position de l’être aux aguets. Cette figure est déjà celle qu’il utilise dans “A comme animal”, indiquant qu’elle est celle qui caractérise le mieux le devenir animal.
La question de l’animalité de l’être aux aguets amène au territoire, qu’il arpente en tous sens, et pose la question de l’entrée et de la sortie d’un sujet d’investigation. Comment y entre-t-on ? Comment en sort-on ? Et c’est l’exemple des plieurs de papier et des surfeurs - à la suite de la parution du livre “Le pli, Leibnitz et le baroque” - qu’il donne comme exemple de rencontres avec ses lecteurs, et non pas celle de la parole des spécialistes (ses pairs) lors des colloques et de leurs voyages inutiles.

La rencontre se fait avec des idées, avec des concepts, avant que de se faire avec des gens. Mais, si la culture lui paraît une valeur bien mal comprise dans son monde contemporain, il en souligne aussi le risque : l’époque actuelle pourrait très bien laisser passer les nouveaux Beckett parce que ce ne sont plus les lecteurs ni même les éditeurs qui revèlent les talents mais les distributeurs. Ainsi, pour lui, depuis que les journalistes ont change de média et se sont invités dans l’espace du livre, le règne de la “petite histoire personnelle” a commencé, entrainant ce qu’il appelle une “période culturelle pauvre”, d’une durée indéfinie.

Enfin, pour ne pas terminer, je découvre aujourd’hui cet article sur le web : “Deleuze le libertaire” de Catherine Halpern dans la revue Sciences Humaines.
C’est une belle invitation à écouter cette voix fatiguée mais joyeuse, à aller au delà des paroles, vers les mots de ses livres aussi, traquer la liberté qu’il a su inventer et dans laquelle tant d’artistes, de non artistes, de philosophes et de non philosophes se sont reconnus.
L.D.A