Top 10 Programming Fonts

mai 19th, 2009

In the past, we’ve had to decide between tiny monospace fonts or jagged edges. But today, modern operating systems do a great job of anti-aliasing, making monospace fonts look great at any size.

Here’s a round-up of the top 10 readily-available monospace fonts for your coding enjoyment, with descriptions, visual examples and samples, and download links for each.

http://hivelogic.com/articles/view/top-10-programming-fonts

forms of inquiry

avril 24th, 2008

Exposition
Du 6 mai au 21 juin
A lux°, scène nationale de Valence.

Forms of Inquiry
The Architecture of Critical Graphic Design
Sous forme d’exploration, des designers graphiques interrogent l’architecture

Créée à Londres en novembre 2007, puis présentée à Utrecht, cette exposition réunissant une vingtaine de designers graphiques de renommée internationale interroge les relations et les échanges mutuels entre le design graphique et l’architecture. D’une grande diversité formelle, l’unité de l’exposition tient dans un désir partagé : celui d’explorer les frontières de leur pratique graphique. Cette approche réflexive et critique donne pourtant à l’intuition une place essentielle. Chaque designer ou studio présente un exemple de travail antérieur, ainsi que le résultat d’une sorte d’enquête orientée par leur intérêt personnel pour l’architecture qui fournit les éléments visuels d’une affiche. Parfois dans la fiction, plus souvent dans l’histoire de l’architecture, ces productions évoquent, dans leur actualité graphique, de multiples questions en rapport avec la conception de nos lieux de vie. Une collection d’ouvrages dont le choix a été confié à des éditeurs ou des auteurs sont consultables dans un cabinet de lecture. Ces livres complètent le propos par de nombreux exemples de propositions graphiques. Le projet se refermera temporairement à la fin du mois de mai prochain par une présentation de Zak Kyes, graphiste londonien et commissaire à l’origine de cette exposition, lors d’une journée de conférences, à l’École des beaux-arts de Valence, avec des designers étrangers.

Vernissage mardi 6 mai 2008 à 18h30
En présence de Zak Kyes, designer graphique londonien, commissaire de l’exposition et directeur de l’édition du catalogue original.

Conférences de designers graphiques de l’exposition : dernière semaine de mai

Responsables de l’exposition et de la publication pour la version française : Gilles Rouffineau, Annick Lantenois, professeurs à l’École régionale des beaux-arts de Valence, avec Kévin Boezennec, Lionel Catelan, Colline Guinchard, Adrien Vasquez, étudiants en 3e année design graphique, et Samuel Vermeil, professeur à l’Erba. Merci à Zak Kyes, Coline Sunier et Grégory Ambos.

Projet mené en collaboration entre l’École régionale des beaux-arts de Valence et lux°, scène nationale de Valence.
Premier volet d’une recherche, en partenariat avec l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne, qui se prolongera en 2009.

Horaires d’exposition
14h à 18h du mardi au vendredi
15h à 18h le samedi
fermeture les jours fériés

plein tarif : 2 euros
tarif réduit : 1 euro
gratuité pour les étudiants

Liens

Forms of Inquiry
erba Valence
lux°
AA Architecture Association

Photos : flickr et AA

Eazzzy !

janvier 30th, 2008

eazzzy.jpg
“Un concept du designer Sungwoo Park, avec cet appareil photo, simple et très compact.
Aucun écran afin de redonner la sensation de surprise lors de la visualisation des photos (?)
Un produit minuscule avec un unique bouton et une sortie USB… no comment !

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http://www.fubiz.net/

Nous recevions Antoine Moreau ce mardi 30 janvier 2007 à l’école des beaux-arts de Valence.
Cet artiste, auteur et initiateur de la licence art-libre, doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication à Sophia Antipolis, poursuit un travail aux frontières du visible, du conceptuel, en développant une esthétique singulière où le rapport à “l’entre” est central.

Antoine Moreau est à l’initiative du forum de diffusion (newsgroup) fr.rec.arts.plastiques et son expérimentation de la gestion et de la modération ont assurément développé sa praxis politique. Il est un acteur créatif et respecté du net-art, par ses dispositifs, son positionnement et sa réflexion-action politique à l’oeuvre dans ses productions.

Paul et Paule

> Le n° 46 de Papiers Libres, avec l’épisode de Paule et Paul d’Antoine Moreau, illustré par une photo de Nina par Caroline.

Auteur de textes manifestes tels que : “Comment devenir un artiste ?” ou “Socrate et la maïeutique
Auteur d’oeuvres sous forme de textes sans pourtant avoir écrit aucun de leurs mots, tels les “Intertextes”, qui ont une double existence : sur le livre “Libres enfants du savoir numérique“, anthologie des textes du libre réunie par Olivier Blondeau et Florent Latrive, publiée en 2000 aux Editions de l’Eclat et sur le site web de l’éditeur, où l’ouvrage est en accès libre et gratuit dans son intégralité.

Avec Intertexte Antoine Moreau ne se contente pas de faire un dispositif de plus. Il vient s’immiscer dans un ouvrage théorique pour jouer, de l’intérieur avec le discours tenu dans les articles. Vous verrez par exemple comment dans l’article fondateur de S. Raymond “Comment devenir un hacker” le texte original reste là, et pourtant est subverti par le jeu de voilage d’Antoine Moreau qui en propose une sorte de ré-écriture. De la même manière, ce texte déjà mythique est devenu une référence pour Antoine Moreau qui s’en est inspiré pour écrire son “Comment devenir un artiste”. Il y a chez lui une sorte d’effacement naturel de l’égo, en parfaite cohérence avec le mouvement auquel il participe. L’esprit de contribution et de collaboration qui y règne est plus important que les personnes, l’œuvre est plus digne d’intérêt que l’artiste, le processus plus important que le résultat. A parcourir son site web et ses travaux, on mesure que le terme d’artiste a pris pour lui une valeur débarrassée de ses attaches romantiques. Il a déclaré lors de son entretien pour la recherche “web-art expérience” être « un artiste, peut-être ». Il faut moins comprendre qu’Antoine Moreau n’est pas sûr d’être un artiste, que le fait qu’il “peut” être artiste, que cela n’est ni gagné ni donné une fois pour toutes, que c’est une question ouverte et remise en jeu à chaque instant, à chaque décision.

On a le sentiment qu’Antoine Moreau travaille à l’invisibilité de ses oeuvres, qu’il considère moins les formes concrètes qu’elles ont que les processus d’échanges - par exemple ses “Sculptures confiées” - dans lesquelles il s’agit de “la confiance comme un des beaux-arts”, selon les beaux mots de Guillaume Fayard (La voix du regard, magazine de création littéraire, N°18, 2005). Et quand il n’est pas dans ces pratiques de l’entre-deux, du passeur ou du révélateur, ce sont des “peintures enregistreuses” qu’il réalise avec ses Vitagraphies. Toiles enregistreuses de pas et de traces déposées à même le sol en différents lieux publics en France et à l’étranger.

NYC 17 novembre 2004
> Vitagraphie au sol, New-York, 17 novembre 2004, Antoine Moreau

Après avoir pratiqué la peinture et la sculpture, cet artiste a développé une approche singulière qui l’amène aujourd’hui à qualifier de proto-copyleft ses anciens travaux, montrant ainsi que la licence art-libre à laquelle il travaille aujourd’hui depuis près de dix ans, n’est que le prolongement d’un chemin tourné vers les questions du libre, du don, de l’entre, et des modalités et enjeux du copyleft.

Antoine Moreau a donné au CRAC (aujourd’hui LUX) de Valence une conférence le 17 janvier 2004, l’extrait qui suit permet de saisir l’esprit de sa démarche, aux frontières du visible et plus tournée vers la relation au lecteur-internaute-spectateur, bref, vers “l’autre”, que vers ce que nous nommons “oeuvre” dans ses dimensions et formulations concrètes d’objet ou de dispositif :
“Dés le départ peu motivé par le web, vitrine du net, je préférai approfondir ce qui avait moins de visibilité : le mail, les listes de diffusion, les canaux irc, les forums de discussion sur usenet et quelque chose d’aussi matériel et technique que l’esprit du réseau. Ma curiosité me portait davantage vers l’inconnu car les vitrines, j’en connaissais déjà l’existence. Ce qui me portait à m’intéresser au net c’était bien plus l’esprit qui pouvait régner au cœur de cette mécanique rhizomatique et qui faisait moteur.”

Voici deux ou trois questions qui lui ont été posées, lors de sa présentation à l’école des beaux-arts de Valence ce mardi 30 janvier 2007 :
Pourquoi le copyleft, ce verso du copyright, posé dans le contexte de l’art ? L’art n’est-il pas libre, par nature ?
Comment une licence, dispositif de droit, peut elle jouer ou faire jouer quelque chose entre les artistes ?

Peu pressé, il a donné ses réponses bien sûr, mais il a surtout ouvert de nouvelles façons de poser des questions, depuis d’autres lieux, peu fréquentés.

Luc Dall’Armellina

Antoine Moreau en 7 liens :
Sculptures confiées : http://antoinemoreau.org/index.php?cat=sculptures
Vitagraphies : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=7&expand=all
Peintures de peintres : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=4&expand=all
L.A.L : http://artlibre.org/licence/lal/
Divers textes : http://antomoro.free.fr/txt.html
Textes en rapport avec le libre : http://antomoro.free.fr/left/copyleft.html
Mémoire de DEA consacré au “Copyleft appliqué à la création artistique”, sous la direction de Liliane Terrier, Paris8 Université, 2005 :
http://antomoro.free.fr/left/dea/DEA_copyleft.html

Chronique du voyage d’école à la Biennale Internationale de Design de St Etienne 2006.
Voyage avec les étudiants : ABELLA Bérangère, ALLANTAZ Guillaume, ANTONESCU Julien, BOEZENNEC Kevin, BRESSAND Paul, CABROL Edouard, CARAGUEL Stéphane, CHAGNAUD Chloé, DAL BEN Jean-Charles, DURON Emilie, FAILLET Natacha, FENEUIL Agathe, FONTAINE Laurie, FOSSARD Christophe, FOUCAULT Charline, GATTA Clémentine, GRANGEON Jonas, GUILLEMIN Sophie, GUINCHARD Colline, HWANG Jung-Il, JACQUAND Alexis, JACQUEMOND Tiphaine, JAMES Yannick, KHORRAM Camille, LEGROS Manon, LAURUT Anthony, LIVRIERI Joris, MAGAUD Bérangère, MELLON Antoine, NOYER Julien, OULLIE Aurore, PASCOT Sébastien, PEREIRA Christine, PHILIPPE Reynald, RENON Anne-Lyse, SAIDI Naïma, SAVIGNON Jennifer, SCHNEPF Vincent, SKUBICH Nina, SORDELET Johan, SOULIER Eva, THOLLON Ronan, THOLLOT Julie, THONY Alban, TOMASI Christophe, TREPIER Fabien, VASQUEZ Adrien, VALBUENA Gaïtana, VEGARA Gaëlle, VICOMTE Julien, VILLARD Charlotte, VUILLAMY Florianne, ZERARGA Habiba, les enseignants : BOS Jean-Pierre, DALL’ARMELLINA Luc, DUPORT Michel, GOURVIL Olivier, PERIN-DUREAU Michel-Philippe, et stagiaire : HAQUE Myriam

Rendez-vous
Soit un événement international (0) qu’on ne peut manquer si l’on est un professionnel de l’art et/ou du design sans prendre le risque d’être perçu comme en voie de dilettantisme caractérisé ; ce qui n’augure rien de bon en ces temps dévolus à l’hyper-rationnalisation des choses, des êtres et des contrats qui les lient.
C’est donc en amateurs, touristes, intrigués ou distraits, inquiets ou éclairés, qu’une parité d’étudiant(s)e et enseignants d’art et de design, nous sommes retrouvés sur les lieux de cet événement contemporain qui conte tant.

> capture d’écran du programme en ligne de la biennale

au Pathé
Le rendez-vous est fixé matutinalement à 8h15 devant les cinémas Pathé - oui, ici aussi, l’orthographe est correcte - il ne s’agit pas, comme des esprits chagrins pourraient nous le faire accroire, d’un pâté cinématographique pour foules décérébrées prêtes à tous les compromis en matière de fast culture food. Ces Pathé là sont les alliés anciens de Marconi, inventeur de la radio, acteur du cinéma (et non de cinéma - comme quoi, l’orthographe est d’une importance capitale dans un texte), et à eux deux ont compris l’extension planétaire du désir populaire de cinéma populaire dans un monde de plus en plus impopulairement mondialisé. Mais nous parlions de design.

8h10
Les étudiants sont déjà là lorsque nous arrivons sur les lieux vers 8h10. Salutations amicales réciproques. Il ne fait pas froid depuis que la planète est maintenue - par suractivités généralisées - dans une température régulièrement plus proche de celle de notre corps, rendant tout choc thermique impossible, mais laissant tout choc esthétique encore possible.

Fontbarlette
Le bus Renault de 60 places arrive et après un détour par l’école située dans le quartier Fontbarlette, nous cueillons au passage les derniers participants au voyage. Le bus n’est pas pris pour cible par des jets de pierres, d’extraction locale, lancées par des jeunes des cités environnantes contre toute représentation vivante ou machinique du monde extérieur (1). Le taux d’occupation du bus est de près de 56/60, ce qui d’un point de vue du geste écologique, est une performance rarement égalée, soulignons-le.

Côte-Rôtie
Nous prenons la route. Enfin la route nous prend. Bientôt avalés par le flux autoroutier s’écoulant sur trois voies rapides contrôlées (mais non régulées) par radar électronique automatisé. Nous avons une pensée émue au passage de Vienne et de sa prestigieuse Côte Rôtie. Ici, jeunes et vieux des villages environnants travaillent aux terrains inclinés vers le Rhône à soigner la vigne qui servira à faire le dit vin et rare nectar. Mais à y réfléchir, Michel Duport se demande qui se souvient du goût de ce si cher vin. Il est vrai qu’il n’est guère abordable, alors que le divin peut l’être à peu de frais, mais frais, le dit vin ne l’est pas, ce qu’il préfère lui, c’est être chambré.

Cohabitations
Michel D. a préparé des documents photocopiés pour chacun des participants. Il commente le propos de l’exposition que nous allons voir, spécialement dans le contexte du pavillon organisé et conçu par Matali Crasset et nommé Cohabitations. Elle y pose la question “Comment vivre ensemble aujourd’hui à l’échelle de la maison, du quartier, du monde ?”.

Il nous dit comment cette designer s’inscrit dans une démarche ethnologique du design. Elle ne cherche en effet pas à fabriquer de beaux objets, la question de l’adéquation fond-forme a pour elle fait long feu. Elle s’intéresse plutôt aux usages : les vides-greniers, la co-location, les appartements aux doubles fonctions : l’intime et le professionnel ; et aux situations : le feu de camp, le nomadisme, etc. A travers ces nouvelles pratiques, ce sont les finalités qui émergent à ses yeux. Dans ce contexte, la designer-commissaire expose une partie de la collection de râpes de Michel. Dans cet ensemble, elle a préféré rassembler les objets fonctionnels et non designés pour leur forme. On trouve ainsi des râpes inventives en provenance du monde entier, parfois bricolées de bois, de métaux récupérés et percés, parfois embouties industriellement dans un minimalisme d’outil, on pourrait dire aussi, dans une économie d’effets, ainsi que - on le suppose - dans une économie des faits.

Les friches
Alléchés par ce conte aux allures d’épopée et attirés par le magnétisme d’une utopie réalisable (2) et qui nous a semblé fugacement à portée de main, nous n’avons pas vu que nous étions arrivés sur les lieux. La friche industrielle “Berthiez”, de taille respectable, sera notre première halte. La prochaine structure de la Cité du Design rassemblera un lieu, une forme et une organisation déjà éprouvées, pour l’heure, il nous faudra nous déplacer un peu dans la ville.

Bien gardées
Nous devons nous présenter aux caisses pour obtenir les 56 billets d’entrée et nous patientons quelques instants seulement au dehors. Deux gardiens de sécurité assurent le filtre et la persuasion à l’entrée et nous sommes témoins d’un incident aussi bref que désagréable.
Un des gardiens, crâne rasé, allure du sportif de combat, blouson court en nylon noir, oeil inquisiteur et accent de l’est européen fait passer un groupe d’adolescents scolaires. L’un d’eux fume, grand et fort, dont on devine des origines asiatiques. Le gardien lui demande d’écraser sa cigarette : il est interdit de fumer à l’intérieur. Le jeune homme hésite à lâcher son mégot encore fumable, il tire hâtivement une dernière bouffée, pressé par l’injonction d’arrêter. Le gardien monte le ton et lui saisit le bras. Le jeune homme écrase alors mollement sa cigarette contre la porte d’entrée, ce qui déclenche la colère du gardien qui lui fait remarquer qu’il aurait pu l’écraser par terre. La cendre encore chaude fait une longue trace sur la peinture verte époxy abîmée par la traînée de braise. Le gardien hurle “Non mais c’est n’importe quoi ça ! Tu vas nettoyer tout de suite !”. Le jeune ne parle pas : on se demande s’il comprend, il avance pour entrer, gêné de se voir mis en cause. Le bras de fer dure un peu. La situation est désagréable parce qu’elle nous renvoie face à face deux figures diamétralement incompatibles et cruellement d’actualité : un adolescent mutique qui semble aussi peu compréhensif de son environnement et de ses usages que pris en flagrant délit d’irresponsabilité, face à un gardien dont le sourire souligne mieux les dents carnassières et les muscles de la mâchoire que la bienveillance pédagogique et protectrice. Mais nous parlions de design, la question était je crois : “Comment vivre ensemble aujourd’hui, à l’échelle de la maison, du quartier…”

Design[s]
Michel D., en tant qu’exposant, est gratifié d’un carnet d’invitations qu’il distribue à son tour gracieusement à chacun(e) des membres notre groupe. Nous faisons un premier tour de l’immense hall. Se succèdent différents stands qu’il est difficile d’identifier sans un plan, les propositions se bousculent, diodes lumineuses vestimentaire, fragiles fleurs de pissenlits décoratives, étranges luminaires plexiglass au tube néon, vélos pliants, vêtements du futur, prototypes de voitures Citröen et Renault, design alimentaire. Nos yeux et nos sens peinent devant cette abondante diversité. Une vérité s’impose : le design est partout, cette banalité s’actualise rapidement dès les premiers coups d’oeil portés à cette exposition. Puis, l’effet passé, on commence à repérer différentes approches de design. Celle qui se présente avant tout comme une invention, conceptuelle et formelle. Celle qui n’invente pas mais redonne, par la forme, les matériaux, une nouvelle dimension d’usage ou de rêverie à l’objet. Celle qui cherche la forme minimale, l’épure maximale, pour elle, le moins est le mieux. Celle qui se fait un honneur et un devoir de penser l’écologie dans la conception, la fabrication et l’usage de l’objet. Celle qui pense que l’écologie est nécessairement l’usage du bois, du feutre et de la pierre. Celle qui propose ou suggère une idée, un concept, qui est une recherche en puissance et en action. Etc…

veste aux diodes

> Veste aux diodes, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

Au détour d’un stand, quelques images d’étudiants saisies : elles disent la ville, les rues y deviennent des lettres, de la ville comme texte, de la marche comme lecture, on est en terre connue et le charme opère, visuellement comme coneptuellement…

> Image issue du workshop avec l’agence 1 kilo, Dorothée Wettstein et Hansjakob Fehr, Ecole des Beaux-Arts de St Etienne, 2006

Jean-Pierre Bos et moi nous entrons dans la petite salle de conférence où Ruedi Baur s’apprête à parler de son travail “Juste avant la transformation”, présenté au Batiment 1 et que nous n’avons pas encore vu. Une pause était la bienvenue. Nous sommes assis, la salle se rempli peu à peu et c’est en fait Sébastien Thierry, docteur en sciences politiques, qui parle le premier, ouvrant le travail de R. Baur, en faisant une intéressante introduction à la pratique de l’espace de la ville comme texte. Mais, notre temps est compté et nous ne pouvons malheureusement pas attendre l’intervention de R. Baur. Nous rejoignons le groupe au point de rendez-vous.

Signalétique issue du workshop avec Denis Coueignoux
> Signalétique issue du workshop de Denis Coueignoux, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Jean-Pierre Bos

Cohabitations II
Nous traversons l’avenue pour rejoindre la “Fabrique 5000″ où se trouve l’exposition Cohabitations dont Matali Crasset a réalisé le commissariat.
Passés l’entrée, nous sommes naturellement conduits vers le centre d’une sorte d’étoile à plusieurs branches, qui mènent vers des espaces indépendants mais reliés entre eux par des fils de circulations. Une sensation de fraîcheur nous envahit dans cet espace ludique et connecté - les couleurs y contribuent-elles ? Ou la métaphore biologique opère-telle ? - et aussi l’idée que sa conception du design s’intéresse autant à ce qui ne se voit pas qu’à ce qui se voit.

Ma première impression générale, il faut l’avouer, est de décept. Mais ce qui est intéressant avec le décept, c’est qu’une fois identifié comme tel, il devient bavard et prolixe et même chaleureux ! C’est le champ des possibles qui s’ouvre, et sur un présupposé plutôt intéressant : le décept fait l’impasse de la séduction. Il opère dans le temps long de l’approche par l’idée, et non par celui, bref et perceptif de la forme, ou plutôt, ne cherche pas à tout résoudre dans celle-ci.

L’espace nommé “le vide-grenier et le marché” par exemple, ne contient aucun “objet” de design. Le comble pour une exposition de design ? Et pourtant, la magie opère parce qu’un point de vue, poétique et social, ethno logique et graphique, s’emparent d’un fait d’usages, le questionnent, le rendent vivant, et finissent par désactiver la pure question de l’objet - dont nous sommes peut-être bien saturés jusqu’à l’excès ? - pour entraîner celle de notre rapport à eux : échanges, trocs, liens, paroles, mémoire… Le dispositif est simple : photographies couleurs de de Geoffrey Cottenceau avec acteurs et analyse sociologique de Sophie Corbillé disposés à hauteur des yeux sur les trois faces que constituent l’espace.

L’espace “Aux râpes etc.” à partir de la collection de râpes de Michel Duport intrigue par la multiplication du même. La collection du coup joue comme le jeu variationnel infini qui est fait de l’outil râpe autour du monde. Ainsi la râpe du Vietnam est-elle faite à partir de morceaux de carlingue d’avion américain, celle d’Afrique à partir d’un bidon de concentré alimentaire Italien. Ces traces de colonisations, de marques violentes de l’histoire, disent aussi l’invention du quotidien (3) qui se fait sans cesse par chacun, là où il se trouve, avec l’économie de moyens dont il dispose dans son contexte.
Ces objets ont tous en communs d’être des râpes, et sont pourtant autant de singularités quand à la vision du monde que suppose la pensée de cette simple fonction. L’une des râpes africaines est un siège pliable (nomade) dont la terminaison, telle une proue de bateau, sert de support à la râpe à noix de coco qui la coiffe. La stabilité de l’outil est supposée parfaite puisque c’est le poids du corps, engagé dans le travail de râper, qui est garant de l’immobilité de l’ensemble. Le geste de râper devient, par la seule exploration du regard sur les outils, une aventure humaine.

aux rapes...

> Aux râpes, etc. collection personnelle de Michel Duport in Cohabitations de Matali Crasset, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Jean-Pierre Bos
L’espace dédié aux objets d’analyses de l ‘environnement est lui aussi peu “visible” mais passionnant. On y trouve un complexe générateur d’oxygène, hybridation entre une jarre et une cornue en verre de 60 cm de diamètre, remplie d’un liquide vert qui, lorsqu’il est remué, fabrique de l’oxygène afin de restaurer une densité respirable dans la pièce dans laquelle il est installé. La boule de bruit blanc, elle, est en état de veille sonore et intervient lorsqu’un bruit est de nature à être pénible pour l’oreille humaine. Elle produit alors un bruit blanc (perturbation uniforme du signal) qui “écarte” ainsi le bruit nocif pour nos oreilles. Ces objets intelligents sont aussi protecteurs, ils apparaissent donc moins designés dans une forme que dans une destination.

> In “Cohabitations”, exposition de Matali Crasset, 2006, photo Luc Dall’Armellina

Au détour d’un pli de la grande fleur qu’est “Cohabitations”, et de ses étales pétales, le label Frykiwa de Fred Galliano attire le visiteur par son africanité sonore hybridée aux pulsations électroniques. Le corps chaloupe naturellement aux alentours de cet espace où un combiné numérique prend en charge la diffusion d’une play-list faite des titres du label.

Pause
Et puis et puis et puis…. Nous avons faim et soif et nous sortons à la recherche d’un lieu possible.

Juste avant…
Notre rendez-vous suivant est l’exposition “Juste avant la transformation” de Ruedi Baur associés, mais aussi “Eden ADN”, et “Dark Room” de Burö Destruct.

Signs

> Exposition DarkRoom de BuroDestruct, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

Nous faisons la queue au dehors, au soleil, la capacité du lieu étant limitée et régulée selon les entrées-sorties. Un panneau sur la porte prévient - on ne sait s’il est à l’adresse des gardiens ou du public - “Ne pas énerver les animaux” - on ne sait s’il s’agit d’une note d’humour ou d’une recommandation de sécurité à l’usage des soigneurs. Dans le doute, nous n’effrayons personne, et - pacte de non agression implicite - personne ne nous lance de cacahuettes.

OGM

> Exposition EdenADN, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

“Juste avant la transformation” est une installation de Ruedi Baur “sur la manière dont un designer aborde un nouveau sujet, entre dans une problématique, s’en imprègne pour ensuite faire proposition. C’est à dire transformer la situation.” C’est en ces termes que le programme restitue la synthèse de ce travail.
A l’étage, Ruedi Baur et associés compose 12 “espaces-tableaux” présentés chacuns dans une pièce différente : État de sécurisation, État de moralisation, État d’influence, État d’irrespect, État d’exclusion, État d’oubli, État de perfection, État de contrôle, État de désorientation. Une dernière salle est appelée “hypothèse de transformations” et véhicule la métaphore du tableau noir, de l’espace de propositions ouvert à la multitude des points de vues.

> Exposition Juste avant… de Ruedi Baur, salle “Etat d’urgence”, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina
Ce design graphique a quelque chose de très mature, maîtrisé et efficace. Les codes en sont parfaitement agencés. Ce travail ne pose pas de problème de style dans sa réception, mais plutôt de nature dans son contexte, il se présente comme un constat de plus sur l’état du monde contemporain.
Qui songerait à discuter le bien fondé des partis pris adoptés ? Oui, nous vivons dans un état de sécurisation, de moralisation, d’exclusion, etc. et cependant, en partager le constat ne suffit pas à emporter l’adhésion sans arrières pensées.
Le terme “état” fait l’objet d’un intéressant double sens mais ne semble pas avoir fait l’objet d’un double “jeu”. Sans doute Ruedi Baur préfère-t-il faire confiance à son lecteur et lui laisser - louable attention - trouver seul son chemin. Quand au sujet, à la thématique, les minimalismes de Jenny Holtzer ou de Barbara Krueger avaient eu raison de ces démons en leur temps (productivisme, société de consommation, mythe de la perfection, etc). Mais ces deux femmes sont des artistes, issues d’un monde où les pratiques sont celles de l’expression de la subjectivité.

La question qui se poserait ici serait : Quel est donc le statut d’une exposition de design graphique lorsqu’elle n’expose pas des objets issus de la production du design graphique : affiches, livrets, jaquettes, stickers, livres, interfaces, etc. produits dans le cadre d’une commande en vue d’un objectif, et dans le cadre d’une négociation relationnelle et économique, mais dans le cadre d’une exposition mettant en scène des “tableaux” ?

Juste avant...

> Exposition Juste avant… de Ruedi Baur, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina
Que signifie la tendance contemporaine du design graphique à s’exposer ailleurs qu’en ville, sur des objets, dans des livres et des médias, pour investir galeries d’arts et musées ? Pour le dire autrement : que signifie le fait que le design graphique s’expose, au même titre que l’art, lui qui jusqu’ici s’en distinguait ? Ces évolutions tiennent-elle au fait que les espaces d’évolutions traditionnels de l’art et du design ne constituent plus aux yeux des designers, des lieux d’expression possibles ou praticables ?

Hypothèses

> Exposition Juste avant… de Ruedi Baur, Salle “Hypothèse de transformations”, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

Les porosités nouvelles (4) entre art & design, mises en scène par ailleurs dans ce millésime de la biennale de St Etienne, signifient-elles que le design a gagné sa place comme un art autonome dans le giron des autres pratiques (peinture, photographie, vidéo, volumes, littérature, poésie, performance, musique, etc) offrant ainsi une chance à un design critique, politiquement conscient et activement social ? Ou signifient-t-elles qu’unis par le même constat d’impuissance face aux changements climatiques, sociologiques et politiques inéluctables, l’art et le design se sentent maintenant unis pour investir l’espace esthétique laissé vacant par une activité économique qui s’est transformée jusqu’à se délocaliser, tout comme l’argent qui lui, s’est dématérialisé ?
Cette dernière hypothèse tient d’ailleurs au plan des lieux : c’est sur les ruines d’anciens chantiers, les friches industrielles que les territoires de la culture se construisent depuis près de 20 ans maintenant. C’est dans ces lieux perdus pour la production des machines et des denrées, que s’installe une économie culturelle de l’image et du loisir. Prendra-t-elle le risque de l’art ? De quelle(s) façon(s) ? L’exposition de “Juste avant la transformation” pose - en filigrane - ces questions avec force et engagement, tout autant que celles annoncées par les 12 tableaux, et elle en tire sa force.

Just after…
Nous poursuivons notre visite par l’exposition “It depends… Between art & design” de Lóránd Hegyi et Marc Partouche, salle de la chaufferie du musée de la Mine. L’installation de la mine, son chevalet et le terril sont d’une monumentale présence. Pourtant, l’entrée dans la cour d’accès à la mine est, Michel le fait remarquer, très modeste. Nous ne sommes pas ici dans l’ère industrielle cossue des bâtiments dédiés à la fabrication des objets, nous sommes dans l’âge précédent, un âge des trous dans la terre, un âge plus silencieux et souterrain, la minceur des murs et le gigantisme des machines qu’ils abritent en atteste.

> Exposition It depends…, (Kreugerküche, 2006) de Clay Ketter, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

L’exposition “It depends… Between art & design” contient des travaux d’artistes, entre autres et de mémoire : Philippe Pareno, Bertrand Lavier, Tobias Rehberger, Denis Santachiara, et bien sûr, j’en oublie. La question du design, certes, s’y pose mais peut-être pas de la façon dont les commissaires souhaitent nous la poser : dans un relativisme anglais et en termes de “troubles de la perception et de glissements progressifs”. Chacune de ces belles pièces a sa propre logique, est inscrite dans le champ de l’art en ce sens qu’elle met en inquiétude une vérité. Mais deux pièces peut-être, produisent dans leur vis-à-vis même, comme un “appel” au design : la cuisine calcinée (Kreugerküche, 2006) de Clay Ketter et la chaise peinte (Bertrand Lavier). Deux types d’espaces et d’objets que le design a surinvestis depuis arts & crafts, et qui se retrouvent remis en crise par des procédés de subjectivation plastiquement radicaux : la brûlure et la peinture, à même l’objet, en recouvrement. Il se produit ici un genre de choc, de ceux qui font mesurer l’écart de préoccupations humaines différentes mais toutes deux essentielles et irréductibles, telles les polarités d’un aimant : la fonctionnalité d’un objet quotidien pensé dans sa rationalité et son économie, la poésie critique et brûlante d’un pur concept trouvant pourtant une matérialité.

La mine
Au sortir de l’exposition, nous avons instinctivement suivi le passage entre deux bâtiments conduisant à la visite de la mine. Quelques plaisanteries échangées en montant les escaliers avec Lionel et Reynald : Tu as bonne mine ! Oui, mine de rien il fait beau ! … Et c’est déterminant !
Nous commençons par un couloir menant aux machines d’ascenceurs, jalonné d’affiches datées de 1947 et d’un certain Pineau, mettant en scène des consignes de sécurité à l’adresse des mineurs. Le message est chaque fois bref, technique et bienveillant : il faut protéger le mineur, l’informer, lui rappeler le danger, l’inviter à la sécurité. Un design là aussi, d’un autre âge dans ses codes, mais d’une très grande actualité dans son attention aux êtres.

Attention !

> Affiche de Pineau (1947), La Mine, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

Nous débouchons dans la salle dite des pendus. La première réaction est de stupeur - De quel artiste est cette pièce ? La question se pose instantanément, moins avec intention de la poser que pour chercher un appui… Olivier propose, sourire aux lèvres, Annette Messager ? Michel, songeur : Christian Boltanski ? Nous sourions à l’idée que cette installation eut put être une pièce d’art contemporain, nous sourions en inventant sa notice dans l’instant, en inventant le patronyme de son auteur, au fur et à mesure que l’espace et sa collection de vêtements nous livrent leur charge émotionnelle. Une vaste salle, laissée dans l’état où elle s’est trouvée quand le dernier ascenceur eut livré ses derniers mineurs, qui prirent leur dernière douche et se vêtirent de leur habits civils, laissant leurs bleus de travail se transformer en fantômes.

Salle des pendus

> Salle des pendus, La Mine, Biennale de Design St Etienne 2006, photo Luc Dall’Armellina

Une vaste salle, peut-être deux fois la taille d’un terrain de basket-ball, dont le plafond est habité de la dépouille vestimentaire de centaines de mineurs. Les tenues de travail sont là, accrochées à leur chaîne par un petit cadenas, sur une barre de métal hérissée de crochets numérotés.
Ces spectres reconstruisent des silhouettes : casque blanc au niveau de la tête, veste haute, pantalon, chaussures. Tous suspendus à quatre mètres du sol. Mais pourquoi si haut ? Pourquoi ce procédé ? Pourquoi tant de personnes ? L’éclairage latéral de la salle attire le visiteur vers l’espace des douches, à la mesure de son échelle : environ quarante mètres de douches sur deux côtés, espacées d’un mètre, avec d’astucieux systèmes de maintiens de l’ouverture de l’eau. Un éco-design avant l’heure, né d’une pensée créative de la technique.

Nous furetons dans la partie haute de la mine, salle des lampes, toutes installées de manière à être rechargées, salle des machines d’ascenceur, moteurs herculéens, roues titanesques, rampe d’accès pour descendre sous terre. Et c’est à regret qu’il nous faut partir d’ici. Nous avons le sentiment de laisser derrière nous un lieu de mémoire aux grandes intensités.

Firminy
Nous reprenons la route pour Firminy, pleins de silence. En chemin, Michel-Philippe Perrin-Dureau commence à nous parler de Le Corbusier, dit aussi Le Corbu, dont il emprunte son nom d’artiste à sa grand mère. De son patronyme Charles-Édouard Jeanneret-Gris(5), Le Corbusier est urbaniste, décorateur, peintre, designer et architecte suisse, naturalisé français, né le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds, et mort le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin dans le sud de la France, lors d’une baignade en méditerranée.

L’ensemble architectural que nous allons voir a été commencé dans l’après-guerre des années cinquante. Claudius Petit, maire de de Firminy, séduit par les travaux de l’architecte, lui commande différents ouvrages : un centre culturel, un stade, une église, une piscine. Ce projet d’ensemble réalise une des idées fortes de l’architecte : la fusion et la coexistence entre trois grandes activités humaines : la vie culturelle et les loisirs, le sport et le culte.
L’église Saint-Pierre, dont le Corbu fit l’étude en 1960, ne fut commencée qu’en 1971, puis interrompue jusqu’en 1975, faute de budgets nécessaires. Son achèvement ne fut relancé qu’en 1995 et l’ouvrage n’a été terminé que très récemment et inauguré… il y a seulement quelques jours ! C’est donc une création toute neuve de Le Corbusier que nous visitons ! L’excitation va grandissant…

De loin, le bâtiment dans sa masse produit visuellement quelque chose de l’ordre d’une légère pyramide aux angles supérieurs arrondis, plus large à sa base qu’à son sommet. Mais à mesure qu’on s’en approche, de nouveaux volumes apparaissent, les puits, les arrêtes sont autant de lignes fortes qui en font une sculpture attirante et intrigante qui révèle sa complexité peu à peu.

Firminy

> Eglise Le Corbusier de Firminy, 1971-2006, photo Luc Dall’Armellina

La visite intérieure n’est pas celle d’une église (le lieu n’est pas consacré au culte) mais d’un monument. La visite nous entraîne tout d’abord vers le bas, en plongée vers un petit amphithéâtre en angle, des baies vitrées de grande dimension convoquent l’espace extérieur à l’intérieur.

> Eglise Le Corbusier de Firminy, 1971-2006, photo Luc Dall’Armellina

Cette pièce débouche sur un hall qui lui même conduit au même amphithéâtre, son double en miroir opposé. Dans l’entre deux, plafonds colorés à différends niveaux : rouge, vert, bleu, orange, jaune. Du béton brut et gris clair en toute chose. Pas de couverture, pas d’huisseries, pas de meubles.
Le vide ascétique d’une sculpture dans toutes les directions où le regard se pose.

> Eglise Le Corbusier de Firminy, 1971-2006, photo Jean-Pierre Bos

La montée vers le choeur se fait par un escalier, et nous débouchons dans le volume central. Seule concession au mobilier : des bancs d’une grande simplicité sont installés sur les gradins qui font face à l’autel, dont la chaire est prolongée d’un porte livre en béton.
La lumière entre, par une cheminée, Le Corbusier dit “un canon”, elle provient aussi de lumières électriques et de vitrages teintés, aux allures de vitraux modernes. Le mur le plus vertical, en léger dévers au dessus de l’autel est percé de trous de petits diamètres, laissant croire que ces irruptions blanches sont des étoiles sur ce voile de nuit.
L’espace est étrange, chacun le teste avec sa voix, avec ses mains, ses doigts, en l’arpentant aussi. Il délivre ses points de vue, ses lumières ténues, ses lignes de fuites. Et à regret, nous devons déjà partir.

> Eglise Le Corbusier de Firminy, 1971-2006, photo Luc Dall’Armellina

Au dehors le jour a baissé, le long des failles, des halos diffusent maintenant depuis les vitraux colorés, indirectement éclairés par des lampes. Flotte une douceur ambiante, qui tranche avec la longue barre - maison de la culture - surplombant le stade, enterré - enserré dans la pente du quartier - qu’on ne devine qu’à ses portes d’entrées et au toit des gradins, sortant à peine de terre.

Oui, en effet : “Comment vivre ensemble(6) aujourd’hui à l’échelle de la maison, du quartier, du monde ?”.

Luc Dall’Armellina

Notes :
0) Voir : http://www.citedudesign.com/biennale2006.html
1) La notion de monde extérieur, comme en beaucoup de cités comparables à celle-ci, s’étend et se diffuse dans un rayon de près de 800 mètres autour de son épi-centre, place de l’Europe.
2) Utopies réalisables, Yona Friedman, Editions de l’Eclat, 2000
3) L’invention du quotidien, I) Arts de faire, II) Habiter, cuisiner, Michel de Certeau, Ed. Gallimard, 1979
4) Relativement, si l’on se souvient du travail éminemment “graphic-design” de l’icône pop-art Andy Warhol
Voir à ce sujet la présentation génétique de son travail : http://warhol.org/interactive/silkscreen/main.html
5) Voir : http://www.fondationlecorbusier.asso.fr et aussi http://lecorbusier.ville-firminy.fr et aussi http://www.st-etienne.archi.fr/corbu/corbu.html
6) C’était aussi la question de Roland Barthes : Comment vivre ensemble ? Cours au Collège de France (1976-1977), texte établi par Claude Coste, Ed. du Seuil, 2002

La projection du « A comme animal » , premier axe de réflexion de l’Abécédaire de Gilles Deleuze, a soulevé plusieurs notions : devenir-animal, mondes animaux, territoires et déterritorialisation. “Tout animal a un monde.” Et tout monde-animal reste étrange, étranger, parcouru d’instincts distincts, aux aguets, en quête de territoires et de lignes de fuite. Devenir-animal, c’est poursuivre l’altérité, c’est résister au lacis identitaire et policé, c’est échapper aux rets des appareils institutionnels, c’est redevenir vivant, homme, femme, enfant, animal, végétal.

A partir de ces concepts, il m’a semblé intéressant de creuser la notion de déterritorialisation au travers de quelques recherches que j’avais fait sur « L’anti-Œdipe », ouvrage écrit par Gilles Deleuze (DG) en collaboration avec Felix Guattari (FG), et parut en 1972.

L’Anti-Œdipe est le premier grand livre philosophique issu de la conjoncture de mai 68, et il eut un écho retentissant car il se positionne à la fois comme critique du Système capitaliste et de la psychanalyse Freudienne en les mettant en relation. C’est un ouvrage qui se compose de deux parties : « Capitalisme et Schizophrénie », le tome I, et « Mille plateaux », le tome II. Ce dernier est particulièrement connu pour le texte qui en a découlé, « Rhizome », qui a initié une longue série de travaux et de réflexion autour des réseaux. Ici, étant donné le sujet qu’il m’intéressait d’aborder, je parle principalement des notions du premier volet : « Capitalisme et schizophrénie ».

Il présente différents axes de réflexion :

_Les flux
_La critique du système capitaliste
_La critique de la psychanalyse freudienne
_La schizophrénie et le complexe d’Œdipe (Avec en postulat le concept de « schizo-analyse »)

Rq : le point de vue étant la question du territoire, ce sera selon ce seul point de vue que j’ai récolté des informations dans l’ouvrage.

1/ LES FLUX

Selon DG et FG, tout est question de flux. Une personne est un système de flux entrée/sortie, par exemple ne serait-ce que par sa physiologie, sa respiration (inspiration/expiration est un bon exemple de système de flux entrée/sortie).Cette personne s’insère dans une société qui est elle même un système de flux ; flux d’activités de personnes, de capitaux.. et selon les auteurs, tout peut alors être décodé dans un système de flux, ou codé à l’inverse.
La société alors constitue un corps qui est lui-même un système de flux, de codages et de décodages de flux, qui territorialise, reterritorialise ou déterritorialise les différents systèmes qui la compose – les gens.

(Par exemple on peut tout à fait comparer ce système au corps humain, qui est un système constitué d’organes aux fonctionnements spécifiques, qui sont eux-mêmes constitués de cellules aux fonctions et aux natures différentes, elles-mêmes générées par une formulation de molécules spécifiques..)

Ces personnes sont des points de coupures, jonctions/points d’encrage des flux. Elles apparaissent comme des interceptions ou points de départ d’Axiomes.

« Si une personne a des cheveux, ces cheveux peuvent traverser plusieurs étapes : la coiffure
de la jeune fille n’est pas la même que celle de la femme mariée, n’est pas la même que celle
de la veuve : il y a tout un code de la coiffure. La personne en tant qu’elle porte ses cheveux, se
présente typiquement comme interception par rapport à des flux de cheveux qui la dépassent
et dépassent son cas et ces flux de cheveux sont eux-mêmes codes suivant des codes très
différents : code de la veuve, code de la jeune fille, code de la femme mariée, etc. C’est finalement
ça, le problème essentiel du codage et de la territorialisation qui est de toujours coder les flux
avec, comme moyen fondamental : marquer les personnes, (parce que les personnes sont à
l’interception et à la coupure des flux, elles existent aux points de coupure des flux). »

source : « Les cours de Gilles Deleuze/ Anti-Œdipe et Mille-plateaux/ Cours Vincennes – 16/11/1971)

Ainsi , en appliquant une hiérarchisation décroissante, toute personne serait assignée à un système de territorialité car intégrée dans une structure axiomatique de circulation de flux ; ce système lui-même point d’axiome assigné à la territorialité d’un autre système, etc…

2/CRITIQUE DU SYSTEME CAPITALISTE

a/ Système capitaliste

Pour D. et G., le système capitaliste a pour base un système de codage de flux qui n’étaient pas assignés dans sa zone axiomatique « cernée ».
Ainsi, partant du principe que l’homme est une « machine désirante » (voir 3/), ils considèrent que le rôle et le développement du système capitaliste trouvent leurs bases de fonctionnement dans l’ « excitation » de ces machines désirantes (pour reprendre la métaphore des axiomes nerveux).
Ainsi, par la stimulation du désir, il se produit un flux sortant, « réactionnaire » de part son action de déterritorialisation, et la récupération de ce flux sortant et de son axiome de contact par le système créé un nouveau codage et donc une expansion de ce système…ainsi pour une croissance exponentielle.
Le paradoxe de cette étude, et ce qui en vaut la critique, consiste en ce que le Capitaliste, à sa base, s’est posé comme un renversement des codes sociaux connus jusque là ; mais, par la récupération de toutes ces négations, il en a recréé tout un système de codages.

Cf. « Sociétés primitives/colonisation. » Leclaire
« Ethnocide ». Jaulin

b/machines désirantes

Le désir est le moteur de fonctionnement des flux (voir aussi commentaire sur le « D comme désir ») :consommer, bouger, communiquer.
Selon la psychanalyse freudienne, Désir, ou peu importe, Inconscient, est imaginaire ou symbolique.
Il se repose sur la question du « familiarisme », qui consiste à référer la libido ,et avec elle la sexualité, à des postulats de constatations symboliques vis-à-vis d’une fonction familiale structurante.
Selon D. et G., le désir est une mécanique créée par la société et la « praxis » (contexte d’évolution historique, social et culturel , pour faire court) est fondamental à la compréhension de son stimuli.
D. et G. se placent en critique de la psychanalyse freudienne en ce sens que selon eux, elle s’intègre complètement au fonctionnement capitaliste, et que sa tendance plus qu’affirmée à se référer au familial en évinçant la « praxis », coupe le contact avec le dehors, créé un complexe, qui serait compensé à ce moment-là par le système capitaliste, placé en « métamoteur » créateur de « désir », alors que le désir est inhérent à la pensée humaine, et qu’elle n’a nul besoin d’un système capitaliste pour s’en rendre compte.

Le complexe ainsi généré par le complexe capitalisme/psychanalyse apparaît comme ce qu’ils qualifient de complexe d’Œdipe.
(Il est intéressant tout de même de constater que c’est la figure d’interprétation psychanalytique la plus connue qu’ils utilisent pour qualifier le complexe. Note : Felix Guattari était lui-même psychanalyste).
Remarque : la dernière partie, schizo-analyse et complexe d’Œdipe n’ayant pas de rapport direct avec la question du territoire, je n’en parlerait pas ici…. Voir le bouquin pour les audacieux….)

Ainsi la relation au territoire agit comme suit :

La société capitaliste capitalise (hihi… ☺) des flux qui stimulent des désirs de « déterritorialisation ».
Ainsi part un nouvel axiome, matérialisé par un point de fuite, qui, récupéré par le système, entraine le phénomène de « reterritorialisation », et ainsi l’expansion de la société. Par son expansion et l’assimilation de ce nouvel axiome, elle va codé de nouveaux flux, les territorialisés et en faire alors de nouveaux codes. Et ainsi de suite..

On pourra y voir peut-être le mode fonctionnement de ce que l’on appelle les mouvements « underground » ; qui naissent de façon ponctuelle et sans appellation donnée, jusqu’à ce qu’ils soient qualifiés comme tels et cessent alors d’être alternatifs pour être récupérés par la société qui en fait des « courants », ou des « mouvements », d’abord, puis qui les assimilent pour enfin qu’ils deviennent phénomènes de mode, quelles qu’en soient les échelles.

Depuis notre espace de réflexion des Lundis, appellé aussi “Qu’est-ce qu’un média ?“, nous tentons de comprendre leur évolution, leur syntaxe, leurs conditions d’apparitions, d’usages, de détournements, de naissances. Bref, d’avoir un regard sur eux qui déborde nos compétences et qui n’est mesuré que par nos appétances.

Les médias débordent nécessairement toute question d’information, de communication et de design graphique. Ils sont au coeur d’un processus ethnologique et sociologique complexe qui est un témoin pour mesurer les changements en cours dans notre monde contemporain. Ce texte croise - quoique dans une perspective différente - les préoccupations d’une autre investigation : Théorie de l’écran, de Raphaël Lellouche - texte introuvable maintenant, puisque le Centre Georges Pompidou ne semble pas vouloir adopter de politique claire de mise à disposition des archives de sa revue Traverses - et qui fera l’objet d’une synthèse commentée dans un autre article.

Le texte de Félix Guattari ci-dessous est une clé indispensable à la compréhension des enjeux actuels, sa petite taille ne doit pas évincer sa densité ni non plus sa portée. Il continue d’être le signe d’une pensée extrêmement affutée sur le monde, et qui traverse les années avec autant de bonheur que d’inquiétude. S’il est reproduit ici, c’est qu’il est déjà accessible ailleurs, un lien conduit vers sa version originale. L.D.A


VERS UNE ÈRE POST-MÉDIA

La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira sans doute dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image télé aboutit bientôt à ce que l’écran télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du récepteur télématique. Ainsi des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite nous permettront de zapper entre cinquante chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et une entrée vers une ère post-média consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.
À travers cette transformation, c’est la triangulation classique : le chaînon expressif, l’objet référé et la signification, qui se trouve remaniée. La photo électronique, par exemple, n’est plus l’expression d’un référent univoque, mais production d’une réalité parmi d’autres possibles. L’actualité télévisée résultait déjà d’un montage à part de composantes hétérogènes : figurabilité de la séquence, modélisation de la subjectivité en fonction des patterns dominants, pression politique normalisante, souci d’un minimum de rupture singularisante. À présent, c’est dans tous les domaines qu’une telle production de réalité immatérielle passe au premier plan, avant la production de liens matériels et de services.
Doit-on regretter le ” bon vieux temps ” où les choses étaient ce qu’elle étaient, indépendamment de leur mode de représentation ? Mais ce temps a-t-il jamais existé ailleurs que dans l’imaginaire scientiste et positiviste ? Déjà au paléolithique ? avec les mythes et les rituels ? la médiation expressive avait pris ses distances avec la ” réalité “. Quoi qu’il en soit, toutes les anciennes formations de pouvoir et leurs façons de modéliser le monde ont été déterritorialisées. La monnaie, l’identité, le contrôle social passent sous l’égide de la carte à puce. Les événements d’Irak, loin d’être un retour sur terre, nous font décoller dans un univers de subjectivité mass-médiatique proprement délirant. Les nouvelles technologies sécrètent, dans le même mouvement, de l’efficience et de la folie. Le pouvoir grandissant de l’engénierie logicielle ne débouche pas nécessairement sur celui de Big Brother. Il est beaucoup plus fissuré qu’il n’y paraît. Il peut exploser comme un pare-brise sous l’impact de pratiques moléculaires alternatives.
Félix Guattari

texte publié dans la revue Terminal n°51 en octobre 1990
disponible au téléchargement (.pdf) depuis la Revue Chimères

Le Liesz-vuos ?

novembre 24th, 2006

Le Liesz-vuos ?

“Sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas les mtos n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot. « Le creaveu hmauin lit le mot cmome un tuot . Le canular fonctionne à merveille.

Depuis une quinzaine de jours environ, circule par courriers électroniques un court texte qui affirme que l’ordre des lettres dans un mot n’est pas déterminant pour sa compréhension dès lors que la première et la dernière lettres sont conservées. Cela donne : « Sleon une édtue de l’uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dans un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae, est-il écrit dans ce texte. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème. » Article in Le Monde du 30/09/2003 par Luc Bornner.


Cet article a inspiré au moins deux artistes puisqu’on retrouve sa trace dans la documentation de leur travail :
Etienne Cliquet et le collectif Téléférique dans Reader [ci-dessous] et Julie Morel dans Random Access Memory [ci-dessus].

Cette étonnante démonstration, tout canular qu’elle est, démontre au moins que notre oeil et nos habitudes de lecteurs révèlent des aptitudes étonnantes de décodage…

Graphistes et typographes : à vos clvaries !