Signes dans la ville

Présentation des travaux vidéos Data Town du collectif Fact et de Kapitaal, typo animation pour le Beyerd Museum par le studio StudioSmack.
On peut voir dans ces deux travaux de 2002 et 2005, le même type d’approche de l’image : une tentative de réduction par la nuit - si l’on peut dire -, ou le recours au noir et blanc, de l’univers visuel urbain.

Cette prolifération de signes typographiques dans la ville, habituellement colorée, saturée par la couleur, devient ici graphique, expression pure d’un dessin ; mais peut-être aussi d’un dessein. On peut en effet se demander jusqu’où les designers du collectif Fact ou ceux de StudioSmack ont souhaité mettre en avant la dimension graphique de cet univers de signes, qui semblent faire tenir à eux seuls le paysage urbain. Lignes, plans, surfaces s’imposent et structurent hauteur et profondeur du paysage.

DataTown - Collectif Fact
=> Data Town du Collectif Fact - 2002
Le dessein du dessin est-il donc de nous éclairer (par le noir !) sur la nature de marques des signes typographiés ?
La ville comme texte pourrait être le thème transversal de ces deux travaux, mais le souvenir par exemple de The Legible City de Jeffrey Shaw leur rendrait difficile cette possibilité.
L’espace urbain comme support de lecture(s) pourrait peut-être bien caractériser ces deux travaux mais cette remarque ne suffit pas et c’est la dimension des signes plastiques et graphiques qui domine, avec celle des marques. On pense ici à No Logo, livre de Naomi Klein.
Il serait plus juste de diférencier DataTown et Kapitaal dans leurs approches et leurs parcours : si DataTown insiste sur la ville faite de données (data), Kapitaal lui, nous rappelle le principe qui gouverne nos vies occidentales (le capital). Le design graphique est au centre de ces questions et il n’est assurément jamais en position de neutralité. L.D.A

Contacts

Aujourd’hui a vu la séance commencer par une proposition de Jean-Pierre. Le train venant de Paris était en retard. Nous avons regardé et écouté le photographe Italien Giacomelli, dont l’interview fait partie de l’ensemble éditorial des Contacts.

Où l’on découvre des images granuleuses, pas “belles”, mais d’une grande force. Et puis sa voix, qui en parle, soutient le tout avec vérité. Intringué, je rentre chez moi et collecte quelques lignes sur l’artiste :

“Mario Giacomelli est issu d’une famille pauvre du village de Senigallia situé dans la région de Marches en Italie. Son père décède en 1934. Il n’a aucune prédilection pour la photographie. En 1938 il entre comme apprenti dans une imprimerie et réalise ses premiers tableaux. Il devient copropriétaire de l’imprimerie au départ à la retraite de son patron. En 1945 il participe à des courses de voiture. il abandonne ce sport en 1952 à la suite d’un accident. Il fait sa première photo cette année.
Il se considère comme un imprimeur et pratique la photo dans le cadre de ses loisirs. En 1954 il rencontre Giuseppe Cavalli, animateur d’un groupe de photographes amateurs qui le motive à exposer. En 1956 il fréquente le groupe de photographes “la Bussola” qui veut créer une photographie différente. Il entreprend ses séries dès 1957.
Il expose en 1961 ses séminaristes de Senigallia à la Photokina de Cologne et le MOMA de New York acquiert certaines de ses images de Scanno.
C’est à partir de 1977 qu’il expose un peu partout dans le monde, Angleterre, France, URSS, Canada , Etats Unis, Belgique, Italie… En 1990 la cote de ses photos s’envole. Il décède à 75 ans d’un cancer le 25 novembre 2000 à Senigallia. Une grande rétrospective est organisée en 2001 à Rome.” in PhotoSapiens

Giacomelli

Et puis comme Internet est prolifique, il me permet aussi de lire “Il n’a que faire de la technique. Muni d’un appareil bricolé avec du scotch, il aborde la photographie en autodidacte simplement guidé par son instinct. Il bouleverse les pratiques photographiques par sa méconnaissance : il surexpose, surdéveloppe, emploie une faible profondeur de champ, utilise des films périmés pour obtenir des contrastes plus accentués… Malgré son côté désorganisé, c’est un alchimiste, au tirage dans le petit laboratoire qu’il a installé chez lui, réalisant un travail très personnel affranchi des procédés techniques habituellement utilisés.” Ce commentaire de Hèlène Lamarche me paraît être la bonne synthèse de ce que j’ai vu, si vite ce matin là.

Et puis, si l’on en pas terminé avec ces prêtres empêtrés dans leurs trop longues robes noires, on peut aller voir ce livre, parce que la photographie ne se réduit pas aux mots, quelle les appellent sans fin. L.D.A

Un nouvel espace pour les Lundis

Cette année, nous souhaitions pouvoir vous proposer un espace collaboratif pour documenter nos échanges jusqu’ici tombés dans l’oubli du vécu. Quelle drôle de formule !
Est-ce qu’un site web peut prendre la place de cette fonction-mémoire ? Ce serait sans doute lui faire porter beaucoup.

Cependant, nous vous proposons tout de même la création d’un espace commun, comme un lieu à habiter et dont chacun aura les clés. Ces clés donnent accès à différentes partie de la maison selon qu’on en est l’administrateur, l’éditeur, l’auteur, le contributeur ou l’abonné. Ces termes signifient dans le système CMS de WordPress que chacun selon son statut peut agir dans cet espace.

Qui dit partage de l’espace public dit parole nécessaire sur les conditions de partage de cet espace. Nous allons tenter de régler ces problèmes au fur et à mesure de notre avancée dans la réalisation de cet espace. Nous proposons que plusieurs d’entre nous possèdent les droits maximum d’administrateurs (2 enseignants et 2 étudiants), tous les autres possédant les droit de l’auteur. Nous allons tester ces réglages et mesurer s’ils conviennent ou non à notre fonctionnement. L.D.A

L’abécédaire

L’Abécédaire de Gilles Deleuze : T comme Tennis où il s’agit d’invention de coups…

Qu’est-ce qu’un média ?

Où il s’agit moins de répondre à la question, que de la garder vivante
Pour cette première séance 2006 nous présentons la formule de rencontres des lundis, nous en fixons ensemble les modalités de fonctionnement et les horaires.

Chaque lundi jusqu’aux UVs de février, de 10h à 12h30, ces deux heures trente seront divisés en trois interventions de nature différente :

1) L’abécédaire de Gilles Deleuze, une lettre ou deux à chaque séance, qui fera ensuite l’objet d’une discussion collective
2) L’exposé d’un média choisi, problématisé et présenté à tous par un enseignant

– une pause

3) L’exposé d’un média choisi, problématisé et présenté à tous par un étudiant

On peut voir sur le sujet des médias, le site Leonardo-Olats de Annick Bureaud qui consititue une excellente entrée en matières.

A comme animalOn commence notre cycle Abécédaire avec la première lettre :
A comme animal, pour découvrir l’essentiel des concepts philosophiques de Gilles Deleuze, l’essentiel et jusqu’au déclic dont parle Gilles Châtelet.

Un diplôme, une épreuve

Ce texte a été écrit dans la foulée du jury de diplôme en design graphique à l’ERBA de Valence les 17, 18 et 19 octobre 2006. Il a valeur de témoignage, de retour d’expérience, c’est du moins d’ici qu’il est né. Il est donc nécessairement partiel, subjectif, provisoire et incomplet, pris dans les devenirs de ces moments d’intensités.

Un diplôme vous le savez, est une épreuve. On y éprouve des choses. Des choses comme des sensations, des sentiments, des concepts, des productions de signes. On est pas seul à éprouver, on le fait avec un jury - parfois ouvert à un public* - venu s’intéresser en professionnel à un travail. Cette épreuve est celle des mots bien sûr, qu’il aura fallu domestiquer auparavant, voire apprivoiser, certains sont fougueux et retors. C’est aussi une relation avec des altérités, des personnes comme nous, qui par la nature de leur expérience, ont été réunies par l’équipe pédagogique** et par le ministère de la culture*** pour évaluer et adouber de nouveaux pairs.

Cette épreuve possède donc un caractère rituel. Elle doit s’effectuer selon des règles précises, identiques pour chacun et chacune des candidat(e)s, sans quoi elle ne serait plus un rituel mais un simulacre. La lecture des règles du “jeu” serait ici utile afin de se représenter cette dimension dans le détail. Il faut à l’étudiant réaliser préalablement une présentation écrite, chacun la sienne, écrire des textes destinés à donner à ressentir les enjeux et le plaisir pris dans l’aventure du projet, synthétiser l’expérience humaine et technique des 4 mois de stages et en souligner la logique propre. Réunir ensuite ces éléments dans une publication et lui donner une forme. Il faut le jour dit, parler de son travail pendant 20 minutes en étant soi-même et en articulant la pensée d’autres auteurs, artistes ou théoriciens, présenter avec pédagogie son sujet tout en y étant engagé comme auteur.

L’examen consiste à habiter l’espace choisi (expo 1, 2, salle 11, salle 13, etc) mais bien plus encore à rendre vivant l’espace d’une relation multiple : - relation à une problématique - relation à des processus de création - relation à des productions - relation enfin à ceux qui, ce jour là, valident la fusion singulière de savoirs-faire et d’une sensibilité.

Rester souple et déterminé, ouvert et dynamique, attentif aux regards et aux questions sans perdre le fil de son discours est un enjeu. Le passage du diplôme reste une épreuve et rien n’est joué avant que tout soit terminé. L’épreuve, en photo comme en sport, révèle. Elle révèle ce qui - jusqu’ici - était resté caché, c’est là l’origine grecque du mot apocalypse. On sort grandi d’une telle épreuve, son caractère ritualisé y contribue, parce que nous sommes des animaux sociaux. Nous avons la capacité de nous plier à des rites de passages parce que nous savons qu’ils constituent les étapes clés de notre autonomie. Auto-nomie : porter son nom tout seul, son nom comme son non, pouvoirs d’affirmation et pouvoirs de négation. Apporter sa contribution aux domaines de la pensée créative vaut de vivre cette épreuve parce qu’elle est libératrice et qu’elle est fondatrice de la conscience de faire partie d’un monde contemporain, dans lequel on devient un acteur reconnu.

On pourrait dire ici : voici ce qu’il ne faut pas faire lors d’un diplôme, mais chacun le sait, implicitement. Parler dans un code maniéré ou jargonnant : en verlan hipopisé comme en savant alambiqué, ce serait clairement signifier au jury qu’il ne pourra rien comprendre à ce qui va suivre. Ce serait l’écarter, refuser tout échange avec lui. Présenter l’intégralité de son travail sauf le projet central, serait un autre écueil possible, témoignant d’une impossibilité ou d’un refus de l’assumer. La plupart des comportements sont signifiants, et sont autant, si ce n’est plus perceptibles que des signes graphiques, aussi réussis soient ils.

Pour l’enseignant qui est au jury la tâche est différente - mais il est, lui, payé pour endosser ce rôle. C’est là sa fonction et sa responsabilité. Il ne passe pas son diplôme, mais remet en jeu celui de son équipe. Le jury dispose de 20 à 30 minutes pour se faire une idée sur des parcours singuliers, des méthodes et des productions. Il a deux à trois jours pour se rendre compte du travail mené par une équipe, et par extension, par une école. L’enseignant présent au jury est en position d’otage muet à mi-temps (la soutenance de l’étudiant) et d’avocat durant l’autre mi-temps (la délibération). La difficulté y est - comme ailleurs - d’équilibrer paroles et silences, retenues et engagements. Parler trop, c’est afficher une attitude vécue comme défensive, parler trop tard ou trop peu, c’est laisser faire. La principale difficulté est de laisser le jury ressentir et évaluer le travail en toute indépendance, le laisser exprimer et éprouver son libre arbitre tout en défendant les dimensions les moins visibles du travail comme sa genèse, son processus, ses risques. Chaque intervention de l’enseignant présent au jury vise à modifier et déplacer les perceptions évoquées dès qu’il estime que le jugement porté par le jury ne saisit pas toutes les données en jeu : il tente d’apporter sa vision longue, puisqu’il est le seul à connaître la genèse des projets et le parcours de chacun des étudiants.

Comme épreuve, le diplôme possède plusieurs facettes : il cristallise autant le résultat de tout un parcours, d’un travail, que celui de rencontres, de processus, d’une sensibilité aux prises avec les difficultés de faire, dire, savoir, de négocier et de représenter. Mais ce rapport aux faire et dire possède aussi son envers : tout savoir dit Deleuze va jusqu’à la pointe inversée d’un non-savoir. Pour chacun se pose chaque jour la question de comment faire avec ce qu’on ne sait pas. C’est dans ces régions fragiles et risquées du doute que naissent les événements. Comme épreuve, le diplôme est autant la synthèse d’un travail au long cours que la résolution d’un moment, intense et performatif. Moment durant lequel le spectaculaire n’est pas nécessairement le meilleur allié, où le savoir faire ne suffit pas, où le relationnel seul ne peut rien ; mais où la savante combinaison des faires rencontre des êtres pour dessiner les contours d’un devenir designer, créatif et critique.

Luc Dall’Armellina

* le passage de diplôme public ou à huis clos est du choix du candidat

** pour le choix du professionnel et de l’enseignant de culture générale

*** pour le choix de la présidence du jury