iPhone

janvier 11th, 2007

iphone_thumb.jpg

Enfin dévoilé, la dernière bestiole d’Apple vaux le coup d’être éxaminée, ne serait-ce que par son interface complètement tactile et le système de renversement d’image.
Plus d’infos sur http://www.apple.com/

et aussi…

décembre 14th, 2006

il y avait une petite retrospective Macintosh au musée d’art moderne avec un Mac en bois!!

Une synthèse commentée de l’article « Une théorie de l’écran » de Raphaël Lellouche
par Luc Dall’Armellina

Raphaël Lellouche proposait dans cet article encore disponible sur le site de la revue « Traverses » hébergée sur le serveur du Centre Georges Pompidou il y a deux ans, une vision très pertinente du statut des écrans : télévision, ordinateur, minitel et montre comment dans chacun de ces usages c’est des fonctions sociales, cognitives, relationnelles qui se jouent à travers des médias en constante évolution.
L’écran se généralise autour de nous. Plus un objet qui ne fasse l’économie de proposer ce support à tel point qu’il constitue comme l’a souligné J.D. Bolter « une technologie de référence » : télévision, ordinateur, minitel, guichets bancaires, téléphones portables, agendas électroniques, assistants personnels, montres, auto-radio, GPS, e-books…

pixels au zoom

> Tube TV au zoom. Source libre Wikimedia

1 - Trois seuils généalogiques de l’écran :
➢ Le support fixe d’inscription (storage et lisibilité)
➢ L’affichage de l’état machine (commande et affichage)
➢ L’écran amnésique (surface-milieu)

1.1 Le support fixe d’inscription [ storage et lisiblité ]
L’écran est tout d’abord présenté comme interface, c’est-à-dire comme surface, et par là, lié à l’écriture et toutes ses surfaces : pariétales des grottes, murs tagués, incunables, livres, pages, affiches. La fonction est ici la conservation de la trace au-delà du moment d’inscription. Ce modèle rend prisonnière l’information de son support.
L’écran induit différentes modalités du regard : le « voir sûr » propre à la lecture, le « voir que » qui procède par comparaison et raisonnement, le « voir dans » des appareils de photographie, de vision tels les télescopes, microscopes ou encore le « voir à travers » des fenêtres…
Le « voir sûr » est spécifique de la lecture qui procède par balayage. Le regard cadre en éliminant la vision périphérique pourtant très importante dans les environnements 3D mobiles (la perception de la réalité).

1.2 L’affichage de l’état machine [ commande et affichage ]
Certains objets ne sont que des écrans de consultation (horloges analogiques)), d’autres font système avec un dispositif tactile : souris, clavier, joystick.
Dagonnet considère « le développement du phénomène de visualisation comme le processus fondamental du progrès de la science qui vise à amener à la surface du visible les dimensions
a-visibles du réel . Le mercure dans sa colonne transcrit dans le visible un phénomène physique qui autrement ne le serait pas ».

error blue screen

> Capture écran d’erreur système sous Windows XP appelé aussi BSOD (Blue Screen of Death)
1.3 L’écran amnésique [ surface milieu ]
L’écran est une interface parce qu’il est une surface permettant d’accéder à quelque chose qui ne se trouve pas à proprement parler sur cette surface, ni même dans la machine. Le message n’adhère plus au support (l’écran est interchangeable, amnésique), c’est un support permettant d’afficher une information circulante, c’est un support fluide.
➢ Penser ici aux métaphores du langage désignant une « navigation » sur le web ou encore les termes « surfer », ou encore aux simples noms donnés par Microsoft et Netscape à leurs « navigateurs » : Navigator et Explorer. La terminologie de l’Internet est riche de métaphores maritimes, l’écran mais sans doute la conjonction écran-réseau peut expliquer ces phénomène.
L’écran est libre et amnésique = il libère une mémoire virtuelle infinie. Le même écran peut afficher chaque page de la plus grosse des encyclopédies, les notions de volume et de mémoire ne concernent pas l’écran. L’écran est un milieu parce qu’il est libre par rapport à l’information qu’il affiche.

2 - Six facteurs importants de la généralisation des écrans :
• Perception assistée
• Continuum sémio-cognitif
• Intelligence des objets
• Effets de transparence cognitive de l’écran milieu
• L’hypermedia
• Le réseau des objets
• La logique de simulation

2.1 Perception assistée
A entendre selon R.L comme une vision qui va jusqu’à faire l’économie de l’être humain : la vision artificielle. L’auteur note que préfixe « télé » (vision, phone, fax …) ne s’applique plus seulement aux appareils mais aux actions (télé : marketing, conférence, sexe, vente, achat, diffusion, traitement…) Il s’agit de l’ère de la télé-expérience du monde.
➢ Jean-Louis Weissberg dans son livre « Présences à distance » Ed. L’Harmattan-1999 évoque très en détails ces processus où l’expérimentation du monde tient lieu de nouvelle « réalité » (virtuelle) et de nouveaux statuts du regardant qui devient « spectacteur ».

2.2 Continuum sémio-cognitif
De l’oralité à l’écriture, de l’écriture alphabétique à l’imprimerie, de l’imprimerie au numérique… On assiste à une resémiotisation des anciens médias par les nouveaux.
La généralisation des écrans en fait tour à tour des instruments de spectacles, d’information, de connaissance, de surveillance, de contrôle… L’écran n’a plus de lieux privilégiés, on le trouve partout.
➢ Voir ici Marshall Mac Luhan dans « Pour comprendre les médias » Ed. Points Seuil. Il explique dans ce livre le long processus d’enchaînement qui lie les médias entre eux. Il démontre également comment le médium influe très directement le message jusqu’à devenir l’essentiel du message, d’où sa célèbre et provocante formule : « médium is message ».

2.3 Intelligence des objets
Les écrans n’existent pas seuls mais branchés sur une unité « intelligente » (machine). C’est l’interface qu’ils nous offrent qui compte pour définir leur identité : ils valent ce que valent les relations que notre esprit peut entretenir avec eux.

2.4 Effets de transparence cognitive
L’expérience visuelle associe l’image au récit et la structure est en rapport avec une continuité narrative : bande dessinée, cinéma, télévision… Avec l’informatique, le montage s’adjoint une nouvelle donne : décadrage et décalages ou « partitions de l’écran ».
L’écran devient une « réserve d’états » possibles. Les techniques passent de la durée à la simultanéité et à la potentialité. L’écran s’effeuille en strates.

2.5 Hypermédia
Un système d’écriture re-sémiotise le précédent, comme agirait une représentation de représentations. La télévision contient le cinéma qui contient l’écriture qui déjà contient la langue. La logique de superposition des images fait émerger de nouveaux régimes de signes qui autorisent l’hétérogénéité des modes sémiotiques. Témoin des nouvelles pratiques à l’écran : les termes « switcher, zapper, commuter, cliquer, shifter » entraînent un usage de la surface.
La radicalisation des différences page-écran est forte : opposition opacité-solidité // transparence qui laisse advenir. « Le vitrail médiéval refait surface avec l’écran… »

2.6 Le réseau des objets
Les écrans tissent un continuum qui relie toutes les interfaces à travers un réseau qui relie ensemble des machines. Tous les médias sont des interfaces, (même ceux qui utilisent l’inscription physique des supports) quand ils comprennent une fonction d’accès cognitif. R.L invoque ici deux lois :

2.6.1 Loi de l’enveloppement
Elle permet l’emboîtement des médias les uns dans les autres. C’est par ces aspects que l’écran se trouve « feuilleté ». Dans l’ordinateur utilisé comme traitement de textes, c’est une machine à écrire (augmentée d’une mémoire) doublée d’un écran (et d’un logiciel spécialisé) qui fait l’interface du traitement de texte.
➢ De même, les langages ont tant évolué sur les machines que chaque nouvelle couche d’interface apporte plus de transparence grâce à sa complexité. Ce paradoxe se vérifie par quelques exemples : le MS-DOS « au dessus » le langage machine Assembleur, l’interface Windows « au dessus » de MS-DOS.
Les langages machines se trouvent comme « recouverts de transparence ».

2.6.2 Loi des branchements
Chaque nouveau branchement de périphériques modifie la machine « générique » qu’est l’ordinateur pour en faire une machine spécialisée : c’est le branchement ordinateur + scanner + imprimante + traitement de texte qui fait une station de PAO. Tout nouvel interfaçage modifie la signification d’un média, ceci par enveloppement ou par connexion.
Le minitel interface le téléphone et lui donne une autre signification, un autre usage.
Le magnétoscope interface la télévision et lui donne une mémoire, ce qui en change considérablement les usages.

2.7 La logique de simulation
Le continuum des écrans doit être pensé dans le contexte de la télé-expérience du monde. La simulation suppose l’écran puisqu’il s’agit de répondre à l’action dans un espace (ou contexte) immatériel.
➢ Exemple : Le bureau du mac, le guichet bancaire électronique, le « portail » du web.
« Il est clair que la possibilité de circuler d’un champ d’expérience à l’autre ne peut qu’entamer la solidité de nos convictions à propos du réel. » Manzini, 1989.
Cet aspect ouvre le champ d’une grande modification anthropologique : nous avions le choix entre le rêve et la réalité, la simulation ouvre la voie de la télé-expérience du monde. Cette non-réalité nous permet néanmoins la structuration d’une expérience. La télé expérience possède tous les aspects de l’expérience sans la présence physique.
L’écran comme environnement artificiel est cet espace où se jouent à la fois simulation, interactivité et visualisation de cette expérience. Il constitue un champ de cognition expérimental.

3 - Une typologie encore dualiste des écrans
La télévision, comme le produit d’une culture audio-visuelle analogique et pyramidale.
L’ordinateur, comme le produit d’une culture multimédia numérique et interactive.
Deux usages marqués par des histoires, des usages et fonctions, des contraintes technologiques fort différentes.
➢ Il faudrait aujourd’hui ajouter à la liste des écrans : minitel, bornes tactiles, moniteurs de contrôle médicaux, assistants personnels, e-books…

3.1 L’écran de télévision
Héritière de la radio dont elle est une évolution « avec une fenêtre à l’avant », la télé obéit aux principes de diffusion. Des stations émettrices envoient des ondes captées par des terminaux « muets ». L’écran de télévision est bien amnésique et fluide mais tout le monde reçoit le même programme.

> Famille devant la TV. Année 1950. Source libre Wikipedia
➢ Il existe désormais des chaînes à bouquets numériques par cable ou satellite (Canal Satellite), précurseurs de la télévision interactive : choix de réception de films parmi une base de donnée (pay per view ou abonnement forfaitaire) ou choix de cadrage, d’angle de vue, de caméra pour visualiser un match ou un grand prix de voiture.
L’intelligence est du côté émetteur et non du côté récepteur. (voir ci-dessus pour atténuer ce propos). La télévision est un média de masse, elle s’adresse à tous et forge les consciences qu’elle influe. Le caractère contraignant des programmes associé à la passivité spectatorielle génèrent ce qu’on a appelé « l’hypnose lymphatique du téléphage ».
« La télé est basée sur un modèle qui accouple l’universalité du grand public à l’individu solitaire : l’écran remplit une fonction sociale et intégratrice pour une société atomisée en individus. » Dominique Wolton – 1990


> Tube TV-set of 1957-60, model OT-1471 “Belweder”. 14-inch screen diagonal.
Designed & made in Poland. Source libre Wikipedia
3.2 L’écran de l’ordinateur
Devant un documentaire télévisé, je ne suis pas là où je vois et je ne vois pas là où je suis. Je vois où je ne suis pas et je suis où je ne vois pas. Je suis écartelé entre deux présences : physique et cognitive. Le cas du direct est différent puisque le direct fait expérience de la présence (capture du « réel » à chaud)et non pas de la représentation (qui demande une construction). « C’est un média universel capable d’imiter le comportement de toute autre machine ramenée à un automate fini à états discrets. » Alan Turing
C’est une machine dotée de mémoire et capable d’intelligence régie par le principe de simulation. C’est la première machine dans l’histoire des techniques qui soit structurellement la réalisation d’un langage. L’ordinateur est un média hors temps ou plutôt de la simultanéité hors-temps, de la réserve et du potentiel. Avec la séparation de l’information et de son support, c’est l’abolition du temps qui se joue. L’odinateur-cerveau est en passe de céder à l’ordinateur-réseau, donnant la pleine mesure de son potentiel communicant

4 - Vers une guerre des écrans ?
Les écrans en fait sont de trois grands ordres : la télévision, l’ordinateur, le minitel et répondent à travers ces trois objets à des usages majeurs : spectacle et/ou réception d’informations (télé) ; traitement d’information et fonctions cognitives (ordinateur) ; communication et interactivité (minitel).
L’ordinateur en médium intégrateur a déjà intégré les fonctions de tuner TV et de télécommunication (téléphone, minitel et Internet). Mais jusqu’où ira cette généralisation, que penser de l’avenir de la télévision interactive dont les standards ont été de nombreuses fois différés (D2mac) ? De même la télévision a adopté depuis peu un code visuel qui emprunte celui des cédéroms ou des navigateurs web : barres de menus, boutons, scrollings, curseurs…
Ces mouvements de mimétisme traduisent bien ces mouvements d’identification et de construction réciproques.
Il semblerait que trois scénarios soient possibles et correspondent à de possibles : concurrence ou fusion, complémentarité ou dissémination.

4.1 Concurrence ou fusion
C’est la thèse de penseurs comme Pierre Lévy ou Georges Gilder. La télévision numérique serait intégrée aux fonctions avancées d’un superordinateur relié en réseau et capable de gérer l’affichage de diffusions préprogrammées, d’enregistrer un film à heure prévue et de gérer un stock de programmes en local ou à distance.
➢ C’est une hypothèse très plausible, les jeunes startup californiennes « TiVo» et « Replay Networks »(Cahier médias de Libération - mardi 30 novembre 1999) font déjà peur aux majors de la télévision outre atlantique. Ces sociétés ont mis au point un appareil de télévision relié à un disque dur de très grande capacité. Leur interface se propose d’éliminer systématiquement les spots publicitaires des films programmés pour l’enregistrement. Le terminal associé se trouve être un intermédiaire entre le magnétoscope programmable et l’ordinateur « intelligent » (capable de discrimination et de tri). Leur appareil fait mieux : il est capable pendant la journée d’aller glaner ça et là sur le câble ou le satellite des émissions dont l’utilisateur aurait programmé le thème.

4.2 Coexistence complémentaire
Chambat et Ehrenberg défendent pour leur part la thèse d’une coexistence complémentaire, chacun gardant ses spécificités. Le constat est ici de dire que la culture de l’imprimé a su conserver des formes très différentes sans en renier aucune : timbre poste, carte postale, journal, affiche, cahier, livre…

4.3 Dissémination
Léo Scheer lui, propose un futur fait d’écrans spécialisés : celui en 16/9è du cinéma, celui du terminal de réservation, celui de l’ordinateur communiquant

5 - Au-delà de l’écran : la réalité virtuelle
La généralisation des écrans annonce-t-elle leur disparition. Ce paradoxe pourrait s’expliquer par la réalité virtuelle qui nous fait littéralement passer à travers l’image, c’est-à-dire de l’écran surface à l’écran milieu. L’avènement de systèmes de réalité virtuelle pourrait bien marquer un changement capital dans notre rapport à la visualité. On ne projette plus ici d’image sur un écran, mur, toile. Cette image s’adresse directement au fond de l’œil : « On ne pense plus en termes de communications par pixels interposés mais en termes d’adressage direct aux cônes et bâtonnets. » Bricken – 1992
On passe avec la RV de l’image spectatorielle (représentation) à l’interactivité en temps réel dans un monde virtuel. Nous ne sommes plus « devant l’écran » mais « à l’intérieur de l’action ».
La généralisation de l’écran n’aura peut-être été qu’un prélude à sa disparition.

Raphael Lellouche est philosophe et sémiologue. Auteur de « L’éthique à l’âge de la science – K-O. Apel » (PUL, 1987) ; « Borges ou l’hypothèse de l’auteur » (Balland, 1990), et de très nombreux articles. Président du cercle philosophique Daniel Pearl, collaborateur scientifique de l’Institut Hayek Institute, et rédacteur de Metula News Agency.

NOTE : La revue Traverses du Centre Georges Pompidou n’étant plus disponible sur le serveur du centre national, on peut trouver le texte intégral de l’article sur le site de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Valence, section “Modules” de l’option Design graphique. Luc Dall’Armellina

LIENS : Histoire de la télévision - Wikipedia

Petit video clip sympa!

novembre 27th, 2006

moustache

La vengeance de Boorbie

La projection du « A comme animal » , premier axe de réflexion de l’Abécédaire de Gilles Deleuze, a soulevé plusieurs notions : devenir-animal, mondes animaux, territoires et déterritorialisation. “Tout animal a un monde.” Et tout monde-animal reste étrange, étranger, parcouru d’instincts distincts, aux aguets, en quête de territoires et de lignes de fuite. Devenir-animal, c’est poursuivre l’altérité, c’est résister au lacis identitaire et policé, c’est échapper aux rets des appareils institutionnels, c’est redevenir vivant, homme, femme, enfant, animal, végétal.

A partir de ces concepts, il m’a semblé intéressant de creuser la notion de déterritorialisation au travers de quelques recherches que j’avais fait sur « L’anti-Œdipe », ouvrage écrit par Gilles Deleuze (DG) en collaboration avec Felix Guattari (FG), et parut en 1972.

L’Anti-Œdipe est le premier grand livre philosophique issu de la conjoncture de mai 68, et il eut un écho retentissant car il se positionne à la fois comme critique du Système capitaliste et de la psychanalyse Freudienne en les mettant en relation. C’est un ouvrage qui se compose de deux parties : « Capitalisme et Schizophrénie », le tome I, et « Mille plateaux », le tome II. Ce dernier est particulièrement connu pour le texte qui en a découlé, « Rhizome », qui a initié une longue série de travaux et de réflexion autour des réseaux. Ici, étant donné le sujet qu’il m’intéressait d’aborder, je parle principalement des notions du premier volet : « Capitalisme et schizophrénie ».

Il présente différents axes de réflexion :

_Les flux
_La critique du système capitaliste
_La critique de la psychanalyse freudienne
_La schizophrénie et le complexe d’Œdipe (Avec en postulat le concept de « schizo-analyse »)

Rq : le point de vue étant la question du territoire, ce sera selon ce seul point de vue que j’ai récolté des informations dans l’ouvrage.

1/ LES FLUX

Selon DG et FG, tout est question de flux. Une personne est un système de flux entrée/sortie, par exemple ne serait-ce que par sa physiologie, sa respiration (inspiration/expiration est un bon exemple de système de flux entrée/sortie).Cette personne s’insère dans une société qui est elle même un système de flux ; flux d’activités de personnes, de capitaux.. et selon les auteurs, tout peut alors être décodé dans un système de flux, ou codé à l’inverse.
La société alors constitue un corps qui est lui-même un système de flux, de codages et de décodages de flux, qui territorialise, reterritorialise ou déterritorialise les différents systèmes qui la compose – les gens.

(Par exemple on peut tout à fait comparer ce système au corps humain, qui est un système constitué d’organes aux fonctionnements spécifiques, qui sont eux-mêmes constitués de cellules aux fonctions et aux natures différentes, elles-mêmes générées par une formulation de molécules spécifiques..)

Ces personnes sont des points de coupures, jonctions/points d’encrage des flux. Elles apparaissent comme des interceptions ou points de départ d’Axiomes.

« Si une personne a des cheveux, ces cheveux peuvent traverser plusieurs étapes : la coiffure
de la jeune fille n’est pas la même que celle de la femme mariée, n’est pas la même que celle
de la veuve : il y a tout un code de la coiffure. La personne en tant qu’elle porte ses cheveux, se
présente typiquement comme interception par rapport à des flux de cheveux qui la dépassent
et dépassent son cas et ces flux de cheveux sont eux-mêmes codes suivant des codes très
différents : code de la veuve, code de la jeune fille, code de la femme mariée, etc. C’est finalement
ça, le problème essentiel du codage et de la territorialisation qui est de toujours coder les flux
avec, comme moyen fondamental : marquer les personnes, (parce que les personnes sont à
l’interception et à la coupure des flux, elles existent aux points de coupure des flux). »

source : « Les cours de Gilles Deleuze/ Anti-Œdipe et Mille-plateaux/ Cours Vincennes – 16/11/1971)

Ainsi , en appliquant une hiérarchisation décroissante, toute personne serait assignée à un système de territorialité car intégrée dans une structure axiomatique de circulation de flux ; ce système lui-même point d’axiome assigné à la territorialité d’un autre système, etc…

2/CRITIQUE DU SYSTEME CAPITALISTE

a/ Système capitaliste

Pour D. et G., le système capitaliste a pour base un système de codage de flux qui n’étaient pas assignés dans sa zone axiomatique « cernée ».
Ainsi, partant du principe que l’homme est une « machine désirante » (voir 3/), ils considèrent que le rôle et le développement du système capitaliste trouvent leurs bases de fonctionnement dans l’ « excitation » de ces machines désirantes (pour reprendre la métaphore des axiomes nerveux).
Ainsi, par la stimulation du désir, il se produit un flux sortant, « réactionnaire » de part son action de déterritorialisation, et la récupération de ce flux sortant et de son axiome de contact par le système créé un nouveau codage et donc une expansion de ce système…ainsi pour une croissance exponentielle.
Le paradoxe de cette étude, et ce qui en vaut la critique, consiste en ce que le Capitaliste, à sa base, s’est posé comme un renversement des codes sociaux connus jusque là ; mais, par la récupération de toutes ces négations, il en a recréé tout un système de codages.

Cf. « Sociétés primitives/colonisation. » Leclaire
« Ethnocide ». Jaulin

b/machines désirantes

Le désir est le moteur de fonctionnement des flux (voir aussi commentaire sur le « D comme désir ») :consommer, bouger, communiquer.
Selon la psychanalyse freudienne, Désir, ou peu importe, Inconscient, est imaginaire ou symbolique.
Il se repose sur la question du « familiarisme », qui consiste à référer la libido ,et avec elle la sexualité, à des postulats de constatations symboliques vis-à-vis d’une fonction familiale structurante.
Selon D. et G., le désir est une mécanique créée par la société et la « praxis » (contexte d’évolution historique, social et culturel , pour faire court) est fondamental à la compréhension de son stimuli.
D. et G. se placent en critique de la psychanalyse freudienne en ce sens que selon eux, elle s’intègre complètement au fonctionnement capitaliste, et que sa tendance plus qu’affirmée à se référer au familial en évinçant la « praxis », coupe le contact avec le dehors, créé un complexe, qui serait compensé à ce moment-là par le système capitaliste, placé en « métamoteur » créateur de « désir », alors que le désir est inhérent à la pensée humaine, et qu’elle n’a nul besoin d’un système capitaliste pour s’en rendre compte.

Le complexe ainsi généré par le complexe capitalisme/psychanalyse apparaît comme ce qu’ils qualifient de complexe d’Œdipe.
(Il est intéressant tout de même de constater que c’est la figure d’interprétation psychanalytique la plus connue qu’ils utilisent pour qualifier le complexe. Note : Felix Guattari était lui-même psychanalyste).
Remarque : la dernière partie, schizo-analyse et complexe d’Œdipe n’ayant pas de rapport direct avec la question du territoire, je n’en parlerait pas ici…. Voir le bouquin pour les audacieux….)

Ainsi la relation au territoire agit comme suit :

La société capitaliste capitalise (hihi… ☺) des flux qui stimulent des désirs de « déterritorialisation ».
Ainsi part un nouvel axiome, matérialisé par un point de fuite, qui, récupéré par le système, entraine le phénomène de « reterritorialisation », et ainsi l’expansion de la société. Par son expansion et l’assimilation de ce nouvel axiome, elle va codé de nouveaux flux, les territorialisés et en faire alors de nouveaux codes. Et ainsi de suite..

On pourra y voir peut-être le mode fonctionnement de ce que l’on appelle les mouvements « underground » ; qui naissent de façon ponctuelle et sans appellation donnée, jusqu’à ce qu’ils soient qualifiés comme tels et cessent alors d’être alternatifs pour être récupérés par la société qui en fait des « courants », ou des « mouvements », d’abord, puis qui les assimilent pour enfin qu’ils deviennent phénomènes de mode, quelles qu’en soient les échelles.

Depuis notre espace de réflexion des Lundis, appellé aussi “Qu’est-ce qu’un média ?“, nous tentons de comprendre leur évolution, leur syntaxe, leurs conditions d’apparitions, d’usages, de détournements, de naissances. Bref, d’avoir un regard sur eux qui déborde nos compétences et qui n’est mesuré que par nos appétances.

Les médias débordent nécessairement toute question d’information, de communication et de design graphique. Ils sont au coeur d’un processus ethnologique et sociologique complexe qui est un témoin pour mesurer les changements en cours dans notre monde contemporain. Ce texte croise - quoique dans une perspective différente - les préoccupations d’une autre investigation : Théorie de l’écran, de Raphaël Lellouche - texte introuvable maintenant, puisque le Centre Georges Pompidou ne semble pas vouloir adopter de politique claire de mise à disposition des archives de sa revue Traverses - et qui fera l’objet d’une synthèse commentée dans un autre article.

Le texte de Félix Guattari ci-dessous est une clé indispensable à la compréhension des enjeux actuels, sa petite taille ne doit pas évincer sa densité ni non plus sa portée. Il continue d’être le signe d’une pensée extrêmement affutée sur le monde, et qui traverse les années avec autant de bonheur que d’inquiétude. S’il est reproduit ici, c’est qu’il est déjà accessible ailleurs, un lien conduit vers sa version originale. L.D.A


VERS UNE ÈRE POST-MÉDIA

La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira sans doute dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image télé aboutit bientôt à ce que l’écran télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du récepteur télématique. Ainsi des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite nous permettront de zapper entre cinquante chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et une entrée vers une ère post-média consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.
À travers cette transformation, c’est la triangulation classique : le chaînon expressif, l’objet référé et la signification, qui se trouve remaniée. La photo électronique, par exemple, n’est plus l’expression d’un référent univoque, mais production d’une réalité parmi d’autres possibles. L’actualité télévisée résultait déjà d’un montage à part de composantes hétérogènes : figurabilité de la séquence, modélisation de la subjectivité en fonction des patterns dominants, pression politique normalisante, souci d’un minimum de rupture singularisante. À présent, c’est dans tous les domaines qu’une telle production de réalité immatérielle passe au premier plan, avant la production de liens matériels et de services.
Doit-on regretter le ” bon vieux temps ” où les choses étaient ce qu’elle étaient, indépendamment de leur mode de représentation ? Mais ce temps a-t-il jamais existé ailleurs que dans l’imaginaire scientiste et positiviste ? Déjà au paléolithique ? avec les mythes et les rituels ? la médiation expressive avait pris ses distances avec la ” réalité “. Quoi qu’il en soit, toutes les anciennes formations de pouvoir et leurs façons de modéliser le monde ont été déterritorialisées. La monnaie, l’identité, le contrôle social passent sous l’égide de la carte à puce. Les événements d’Irak, loin d’être un retour sur terre, nous font décoller dans un univers de subjectivité mass-médiatique proprement délirant. Les nouvelles technologies sécrètent, dans le même mouvement, de l’efficience et de la folie. Le pouvoir grandissant de l’engénierie logicielle ne débouche pas nécessairement sur celui de Big Brother. Il est beaucoup plus fissuré qu’il n’y paraît. Il peut exploser comme un pare-brise sous l’impact de pratiques moléculaires alternatives.
Félix Guattari

texte publié dans la revue Terminal n°51 en octobre 1990
disponible au téléchargement (.pdf) depuis la Revue Chimères

NET-ARTs ?

NOTE : Ce texte est un extrait adapté du support de la conférence Net-ARt ? donnée au CRAC de Valence le 17 janvier 2005 par Luc Dall’Armellina et Annick Lantenois. Celui-ci peut être téléchargé depuis le site de la conférence dans son intégralité en document [.pdf]. Nous avons également donné une interview [.pdf] avant la conférence et dans laquelle on peut trouver des repères pour évaluer les différentes dimensions de cette pratique d’arts, aux frontières du design, de la littérature, du cinéma, des arts plastiques happés par les problématiques techno-esthétiques des médias numériques.

Décrire le net-art peut sembler une gageure. Voilà un ensemble de pratiques changeantes, manifestement liées aux technologies et aussitôt leur inventant un usage a contre-sens, détournant les outils, mimant (minant parfois) les anciens médias dans les nouveaux conformément à ce que Marshall Mac-Luhan avait si lucidement analysé en 1964 dans un livre maintenant culte Understanding medias (Pour comprendre les médias). [ archives Mc-Luhan de la Radio Canadienne ]

Antoine Moreau

> DragFlagPeau - Antoine Moreau - 2002
L’Internet ou Net pour ses intimes est d’abord un réseau mondial et un support matériel : réseau de câbles, de liaisons par satellite, fibres optiques, bornes wifi (réseau d’onde radio), connecteurs, modems, machines et répartiteurs en tous genres. Support dans lequel circulent des impulsions électriques, charges de particules et trains d’ondes codées, morcellés en “paquets”, acheminés vers des ordinateurs qui lui sont connectés. Cet ballet magnétique est orchestré en coulisse par des protocoles techniques : TCP/IP, DHCP, DNS, etc. qui opèrent à l’intérieur de protocoles de communications : HTTP, FTP, MAIL, NEWS, etc. dont le plus significatif est devenu depuis 1992 le World Wide Web.

On pourrait dire encore : le net est né de la paranoïa militaire qui voulait s’assurer un système d’échanges résistant aux attaques nucléaires parce qu’il n’aurait ni centre ni cerveau identifiable mais une infinité d’intelligences distribuées, connectées entre elles. Ce projet fut réalisé par des techno-créatifs inspirés dont Vannevar Bush avec As we may think en 1947, et Paul Baran avec son concept de réseau maillé distribué en 1964. Dans les deux cas, l’avance conceptuelle était d’environ cinquante ans. Le réseau qui réunira ces avancées conceptuelles et technologiques sera un réseau militaire : ARPANET.

Yoshi Sodeoka

> AsciiBush - Yoshi Sodeoka - 2004
Mais on peut aussi bien renverser la proposition avec : le net met avant tout en oeuvre ce réseau noétique, c’est-à-dire l’espace invisible des consciences connectées les unes aux autres, ainsi que l’avait pressenti Pierre Theilhard de Chardin décrivant sa noosphère dans (entre autres) La place de l’homme dans la nature en 1956.

Celui qui formule peut-être la synthèse la plus éclairée de la grande complexité des arts en réseau est l’artiste pionnier et théoricien Roy Ascott. Il déroule son point de vue dans une conférence intitulée La technoétique planétaire donnée à Paris 8 université, au laboratoire d’esthétique du CIREN en novembre 2001. Le terme “technoétique” est issu des mots grecs : τεχνη (technique et art) et νους, (noos : esprit) et englobe donc : la technique, l’art et la pensée.

Servovalve

> Urban - Servovalve
Il y a dans l’invention incessante des praticiens du net, faiseurs et usagers confondus, la même joie d’arpenter et de découvrir, de jouer et déjouer, la même intelligence du lieu, des usages, des distances nécessaires décrites par Michel de Certeau dans son livre L’invention du quotidien - Arts de faire en 1980 et des modalités du Comment vivre ensemble chères à Roland Barthes dans son séminaires au collège de France de 1976 à 1977.

Marika Dermineur & Stephene Desgoutin

> GoogleHouse - Marika Dermineur et Stephane Degoutin - 2002
Micro, Chat, WebCam, autant de façons de dire que se parler, se voir, et activer des liens humains peut aussi se faire hors du mode présenciel, par la parole écrite, par la voix, dans ce temps qu’on dit réel et dans un espace qu’on dit aussi virtuel. Ce virtuel qui selon Gilles Deleuze “ne s’oppose pas à réel, mais à actuel et, à ce titre, possède une pleine réalité. »
Et c’est précisément le champ de cette représentation – tout à la fois l’espace, le lieu, le “site”, “l’environnement”, le milieu, on pourrait dire l’écosystème de l’Internet - qui est investi par les auteurs, designers, artistes et autres amateurs du net. La représentation de cet espace passe par la notion plus répandue d’interface. Ce voile par quoi ce qui n’était pas visible le devient, entraînant avec elle une Esthétique de l’interactivité dévoilante selon la philosophe Evelyne Rogue.

Alexei Shulgin

> Alexei Shulgin - FormARt
Web, Blog, Wiki, autant de façons de dire qu’ici le temps est différé, mais que peut s’élaborer la participation, la collaboration, la mise en relation d’idées, de formes, de comportements, de pratiques. La réponse de Google à la requête “net-art” donne un million de réponses. Même en retirant les citations et doublons, trouver un site dans ce grand espace est en soi une aventure (Voir le navigateur web Safari de Apple ou Explorer de Microsoft). C’est qu’on navigue sur le web (voir Navigator de Netscape ou Shiira (qui est aussi un poisson) du collectif HMDT), on y surfe aussi quand le réseau est fluide, ces termes indiquent combien cet espace est liquide, étendu, aux frontières souples et malléables, et sa pratique nécessairement multiculturelle et interdisciplinaire.
La question d’une typologie, d’un classement par types, se pose à qui veut comprendre et saisir ce qui se produit dans ce champ. Celle qui a été produite dans le cadre de la recherche en cours Web-ARt-Experience du LabSic de l’Université Paris13, se voudrait un ensemble de repères inévitablement provisoires, j’ai recensé jusqu’ici une dizaine de typologies formulées par des critiques, des artistes, des théoriciens, et qui témoignent à chaque fois d’un point de vue, et proposent donc un instantané. Ce genre d’entreprise est toujours périlleuse : elle se légitime à mon sens par le besoin de voir un paysage complexe avec clarté, trier, répartir, associer, rapprocher, comprendre tout en évitant l’étiquetage, qui selon Pierre Bourdieu est cette forme particulièrement raffinée de l’insulte…

Luc Dall’Armellina

Notes à propos de B comme Boisson

En ce jour, nous regardons Gilles Deleuze se contorsionner devant les questions de Claire Parnet, et finalement mettre beaucoup de temps à les faire siennes. C’est du reste ce qu’il disait déjà dans le livre qu’ils firent ensemble : “La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m’aperçois que je n’ai strictement rien à dire. Les questions se fabriquent comme autre chose. Si on ne vous laisse pas fabriquer vos questions, avec des éléments venus de partout, de n’importe où, si on vous les “pose”, vous n’avez pas grand-chose à dire (1).”

Mais aujourd’hui : la boisson, épreuve de laquelle le philosophe est sorti grandi - du moins pouvons-nous le penser. Il évoque en effet avec beaucoup de distance ironique le “j’arrête quand je veux” de l’alcoolique ou du toxicomane. Mais il n’en reste pas là et pointe que l’enjeu de l’alcoolique est de gérer le dernier verre… ou plutôt l’anté-pénultième ou avant-dernier. Pourquoi l’avant-dernier ? Parce c’est selon lui, celui de la limite, celui au delà duquel continuer serait changer d’arrangement avec le monde. Continuer au delà serait devenir malade, dormir, s’écrouler, ne plus pouvoir tenir socialement un rôle attendu, etc. Ce serait sortir du cadre. Or, dans l’expérience alccolique, il ne s’agit pas de sortir du cadre mais de se maintenir à la limite.

Il évoque sans ambiguité le leurre que représente le recours à une drogue , qui - selon la croyance de celui qui s’y adonne - “aide” au travail, jusqu’au moment où elle rend toute chose impossible. Et puis c’est à travers la littérature et des exemples d’écrivains alcooliques qu’il poursuit. Ceux là qui ont recours à l’alcool s’y adonnent parce qu’il leur permet de “voir quelque chose de trop fort” qu’ils ne pourraient supporter sans celà.

[1] G. Deleuze et C. Parnet, Dialogues, 1977, rééd. Flammarion, 1992

Notes à propos de C comme Culture

Claire Parnet commence par relever que Gilles Deleuze se dit non cultivé, non intellectuel, et “sans aucun savoir de réserve”. Le philosophe explique qu’il n’y a là aucune ruse ni fausse modestie mais une question de méthode : ce qu’il apprend, il le fait pour les besoins de son travail philosophique. Et tout est oublié une fois le travail écrit. Il s’agit d’un rapport très particulier au savoir, qui ne capitalise pas, mais semble se focaliser sur une attitude devant l’inconnu, ce qu’il cultive c’est une curiosité, une attention. C’est ainsi qu’il explique combien pour lui, parler est “sale” et écrire “propre”. Il fustige avec humour les reconnus ou proclamés intellectuels pour leur rapport au savoir tout sur tout. Sa position est de dire que la culture n’est pas de savoir un maximum de choses et d’avoir des opinions sur tout mais plutôt d’être dans une position de l’être aux aguets. Cette figure est déjà celle qu’il utilise dans “A comme animal”, indiquant qu’elle est celle qui caractérise le mieux le devenir animal.
La question de l’animalité de l’être aux aguets amène au territoire, qu’il arpente en tous sens, et pose la question de l’entrée et de la sortie d’un sujet d’investigation. Comment y entre-t-on ? Comment en sort-on ? Et c’est l’exemple des plieurs de papier et des surfeurs - à la suite de la parution du livre “Le pli, Leibnitz et le baroque” - qu’il donne comme exemple de rencontres avec ses lecteurs, et non pas celle de la parole des spécialistes (ses pairs) lors des colloques et de leurs voyages inutiles.

La rencontre se fait avec des idées, avec des concepts, avant que de se faire avec des gens. Mais, si la culture lui paraît une valeur bien mal comprise dans son monde contemporain, il en souligne aussi le risque : l’époque actuelle pourrait très bien laisser passer les nouveaux Beckett parce que ce ne sont plus les lecteurs ni même les éditeurs qui revèlent les talents mais les distributeurs. Ainsi, pour lui, depuis que les journalistes ont change de média et se sont invités dans l’espace du livre, le règne de la “petite histoire personnelle” a commencé, entrainant ce qu’il appelle une “période culturelle pauvre”, d’une durée indéfinie.

Enfin, pour ne pas terminer, je découvre aujourd’hui cet article sur le web : “Deleuze le libertaire” de Catherine Halpern dans la revue Sciences Humaines.
C’est une belle invitation à écouter cette voix fatiguée mais joyeuse, à aller au delà des paroles, vers les mots de ses livres aussi, traquer la liberté qu’il a su inventer et dans laquelle tant d’artistes, de non artistes, de philosophes et de non philosophes se sont reconnus.
L.D.A