Annie Abrahams & Nicolas Frespech
mars 12th, 2009
Les deux artistes développent depuis 1996 environ, des pièces numériques (sites web, installations, performances) que critiques et institutions de l’art contemporain ou critiques des arts émergents ont qualifié de cyber-art, de net-art, d’art ou de poésie numérique, et qui passent souvent par des mises en situation performatives.
Pourquoi les avoir invités tous les deux à l’école des beaux-arts de Valence ? D’une part parce que leur approche sensible des médias numériques est singulière et que si la technologie tient une place importante dans la forme et la structure de leurs travaux (réseau, langages, systèmes, dispositifs), elle y est inclusive (et non pas exclusive) des autres questions. Peut-être aussi parce que quelque chose passe entre eux comme entre leurs travaux, qui donne corps à des questions si proches de nous : Qui sommes-nous ? Quelles formes prend notre identité ? Qu’est-ce que l’authenticité ? Qu’est-ce qu’une relation ? Qu’est-ce que le jeu et qu’est-ce qui s’y joue ? Comment faire ensemble ? Jusqu’où l’autre peut nous connaître ? Qu’est-ce que la confiance ? etc. Et ce qui passe entre eux, prend parfois la forme d’oeuvres, telles “L’un la poupée de l’autre”.
Dans ce face à face masqué, les deux artistes habitent chacun une tente posée sur scène et reliée l’une avec l’autre par un système de web-caméra. Les images que chacun produit pour l’autre sont vues par les deux partenaires sur leur ordinateur portable et vidéo-projetées au dessus des tentes, sur grand écran, à destination du public de la performance qui s’est tenue le 26 mai 2007 à Beaubourg dans le cadre du flash festival du Centre Pompidou.
Ces deux tentes font un écho simultané à celles, cruelles et contemporaines des sans domiciles fixes qui fleurissent dans nos grandes villes, à celles conceptuelles des mondes hypermodernes de Peter Sloterdjik dans lesquels les humains vivent sans contact dans des bulles, et plus métaphoriquement aux poches amniotiques des mamifères à naître. Ici, deux êtres se dévoilent, se cherchent, se manquent et se trouvent. Ils élaborent quelque chose comme une représentation de l’autre à travers une relation, qui relate et relie.
Dans ces tentes, les deux artistes mettent en scène des êtres doublement dans la/l’at/tente de l’un et de l’autre, par la médiation des images et des sons de l’un vers l’autre, et vers le public. Le spectateur ne peut que se reconnaître en situation de communication à distance, dans cette incessante activité fantasmatique de reconstruction de l’image de l’autre. Ici, l’autre est toujours ce/lui/lle qui manque, qui échappe, plus encore que dans la vraie vie, dans une incomplétude médiatisée par des moyens de représentation imparfaits (image floue, mobile, pauvre, son intermittent, communications alternées ou asynchrones), l’autre incomplet renvoie chacun à sa propre quête d’unité. Mais l’autre est aussi un alter égo, un double en miroir, et pour cette raison il nous devient très proche, car lui aussi est aux prises avec sa solitude. Nous partageons nos manques peut-être mieux que nos différences.
La forme médiatique qui rend compte de cette performance d’une grande intensité émotionnelle est la vidéo. Celle-ci est accessible gratuitement sur réseau P2P ou sur DVBlog car le net art qui n’est pas un champ institutionnel, doit trouver ses façons de mettre à disposition ses ressources et documents. => voir aussi l’article de PopTronics
Après leur présentation commune, Annie A. et Nicolas F. ont montré des aspects singuliers de leurs travaux. On pourra prolonger la découverte de leurs univers depuis leurs sites respectifs :
Annie Abrahams : Being Human/Étant humain
Annie Abrahams est née en 1954 à Hilvarenbeek, aux Pays-Bas. Elle a à la fois un doctorat de biologie obtenu à l’université d’Utrecht et un diplôme de fin d’études de l’École des beaux-arts d’Arnhem. C’est peut-être ce qui la conduit à mener ses investigations plastiques et sensibles en direction de la vie et de l’un de ses phénomènes les plus humains qui soient : la communication interpersonnelle. Dans son travail artistique, elle utilise aussi bien la vidéo, l’installation, la performance que l’Internet. Elle questionne les relations dans un monde de plus en plus médiatisé. Quelles sont les possibilités et les limites de la communication en général et plus spécifiquement sur Internet ? Son projet Being Human/Étant humain, qu’elle développe depuis 1996, a été présenté dans de nombreuses villes (Skopje, Mexico City, Tallinn, Séoul, Atlanta, Montréal, Athènes, Clermont-Ferrand, Tokyo, Bristol, Seattle, Split, Rotterdam, San Francisco, Chicago, Amsterdam, etc.).
Annie Abrahams a obtenu des prix, entre autres celui du Computer Space Festival à Sofia, en Bulgarie (organisation: Goethe Institut-Internationes et SCAS), et un prix à ‘ENTRAÎNEMENTS # 3, Paris (organisé par EDNA et Siemens Arts Program). Son travail est inclus dans des collections comme la Computerfinearts Gallery à New York, É.-U., et Rhizome Artbase, également à New York. Elle a été aidée financièrement par le FRACLR (Aide à la production, 2003), Vidéoformes 2003, la DRACLR (Subvention à l’investissement, 2004, Aide à la création 2006), la Région LR (Aide à la maquette 2005, Bourse de création 2006) et Rhizome.org, New Museum of Contemporary Art, New York.
Nicolas Frespech :http://www.frespech.com
Nicolas Frespech est un artiste français né en 1971. Il travaille avec le Web depuis 1996. Il a enseigné le net art à l’université Paul Valery de 2002 à 2005. Ses différents projets dessinent une œuvre qui touche autant à l’identité et sa standardisation virtuelle et mercantile, que l’intimité, le phénomène des webcams et de la télésurveillance, les médias, les jeux, ou bien encore la fiction.
Sa création en ligne la plus connue est “Je suis ton ami(e)…tu peux me dire tes secrets”, première œuvre de Net Art à faire l’objet d’une acquisition publique (Frac Languedoc-Roussillon) en 1998. Frappée de censure, l’accès à cette création contributive en ligne a été rendu impossible depuis décembre 2001, créant ainsi un débat sur la présence des œuvres contemporaines net art dans l’espace virtuel et public de l’Internet. On trouve cependant encore une version en exil hébergée par l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon et qui scénarise quelques-unes des phrases des secrets. Dans cette création, on pouvait voir défiler des secrets envoyés par des internautes ou récoltés lors d’un pique nique réalisé dans la cour de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) de Montpellier le 20 avril 1997 lors d’un pique-nique organisé par l’artiste lors des Journées de l’art contemporain du Ministère de la Culture et de la Communication.
Il explore le réseau Internet pour ses qualités relationnelles et artistiques, jouant avec les paradoxes du réseau et réalisant de micro-créations critiques sur la mercantilisation d’Internet. Nicolas Frespech questionne le net art en multipliant les expérimentations, particulièrement dans le domaine de la téléphonie mobile. Il réalise une chronique régulière sur l’usage des technologies mobiles dans des contextes d’art pour le magazine PopTronics [ source wikipédia et modifications L.D.A ]
En plus de la conférence, de l’exposition de leurs travaux à l’ERBA du 3 au 13 mars 2009, la soirée de présentation au LUX© le soir du 10 mars, ils ont aussi proposé un workshop à partir de leurs pratiques aux étudiants design graphique 3e années. Ces deux journées sont documentées sur leurs sites respectifs :
L.D.A
forms of inquiry
mai 21st, 2008
forms of inquiry
avril 24th, 2008
Exposition
Du 6 mai au 21 juin
A lux°, scène nationale de Valence.
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Forms of Inquiry
The Architecture of Critical Graphic Design
Sous forme d’exploration, des designers graphiques interrogent l’architecture
Créée à Londres en novembre 2007, puis présentée à Utrecht, cette exposition réunissant une vingtaine de designers graphiques de renommée internationale interroge les relations et les échanges mutuels entre le design graphique et l’architecture. D’une grande diversité formelle, l’unité de l’exposition tient dans un désir partagé : celui d’explorer les frontières de leur pratique graphique. Cette approche réflexive et critique donne pourtant à l’intuition une place essentielle. Chaque designer ou studio présente un exemple de travail antérieur, ainsi que le résultat d’une sorte d’enquête orientée par leur intérêt personnel pour l’architecture qui fournit les éléments visuels d’une affiche. Parfois dans la fiction, plus souvent dans l’histoire de l’architecture, ces productions évoquent, dans leur actualité graphique, de multiples questions en rapport avec la conception de nos lieux de vie. Une collection d’ouvrages dont le choix a été confié à des éditeurs ou des auteurs sont consultables dans un cabinet de lecture. Ces livres complètent le propos par de nombreux exemples de propositions graphiques. Le projet se refermera temporairement à la fin du mois de mai prochain par une présentation de Zak Kyes, graphiste londonien et commissaire à l’origine de cette exposition, lors d’une journée de conférences, à l’École des beaux-arts de Valence, avec des designers étrangers.
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Vernissage mardi 6 mai 2008 à 18h30
En présence de Zak Kyes, designer graphique londonien, commissaire de l’exposition et directeur de l’édition du catalogue original.
Conférences de designers graphiques de l’exposition : dernière semaine de mai
Responsables de l’exposition et de la publication pour la version française : Gilles Rouffineau, Annick Lantenois, professeurs à l’École régionale des beaux-arts de Valence, avec Kévin Boezennec, Lionel Catelan, Colline Guinchard, Adrien Vasquez, étudiants en 3e année design graphique, et Samuel Vermeil, professeur à l’Erba. Merci à Zak Kyes, Coline Sunier et Grégory Ambos.
Projet mené en collaboration entre l’École régionale des beaux-arts de Valence et lux°, scène nationale de Valence.
Premier volet d’une recherche, en partenariat avec l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne, qui se prolongera en 2009.
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Horaires d’exposition
14h à 18h du mardi au vendredi
15h à 18h le samedi
fermeture les jours fériés
plein tarif : 2 euros
tarif réduit : 1 euro
gratuité pour les étudiants
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Liens
Forms of Inquiry
erba Valence
lux°
AA Architecture Association
“about the power of google”
janvier 18th, 2008
Pour faire suite à notre rencontre du jeudi 17 janvier avec Christophe Bruno cette adresse: http://masterplanthemovie.com, site d’un diplômé allemand en sciences appliquées qui partage les mèmes préoccupations que notre intervenant. Allez aussi voir dans “Story” les définitons associés aux mots PageRank, GoogleWare, Total control et aussi… Genetics. Google, c’est déja demain.
“ici c’est moi”
novembre 14th, 2007
Workshop étudiants de DG2 (8-9 et 10 oct. 2007) avec Alain Baraquie (IJ Design), graphiste, sur le théme :
“ici c’est moi”
…parlez de vous, sans vous représenter formellement, évoquez votre personnalité et définissez-vous à travers vos goûts dans le domaine du design graphique.
Sur ce postulat, vous aurez a créer et réaliser une affichette qui devra comporter la composition typographique du titre “ici c’est moi !”…
Le but de ce workshop était d’aborder ensemble la notion d’auteur dans le design graphique. A.B.

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Antoine Moreau, un artiste “peut-être”
avril 26th, 2007
Nous recevions Antoine Moreau ce mardi 30 janvier 2007 à l’école des beaux-arts de Valence.
Cet artiste, auteur et initiateur de la licence art-libre, doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication à Sophia Antipolis, poursuit un travail aux frontières du visible, du conceptuel, en développant une esthétique singulière où le rapport à “l’entre” est central.
Antoine Moreau est à l’initiative du forum de diffusion (newsgroup) fr.rec.arts.plastiques et son expérimentation de la gestion et de la modération ont assurément développé sa praxis politique. Il est un acteur créatif et respecté du net-art, par ses dispositifs, son positionnement et sa réflexion-action politique à l’oeuvre dans ses productions.

> Le n° 46 de Papiers Libres, avec l’épisode de Paule et Paul d’Antoine Moreau, illustré par une photo de Nina par Caroline.
Auteur de textes manifestes tels que : “Comment devenir un artiste ?” ou “Socrate et la maïeutique”
Auteur d’oeuvres sous forme de textes sans pourtant avoir écrit aucun de leurs mots, tels les “Intertextes”, qui ont une double existence : sur le livre “Libres enfants du savoir numérique“, anthologie des textes du libre réunie par Olivier Blondeau et Florent Latrive, publiée en 2000 aux Editions de l’Eclat et sur le site web de l’éditeur, où l’ouvrage est en accès libre et gratuit dans son intégralité.
Avec Intertexte Antoine Moreau ne se contente pas de faire un dispositif de plus. Il vient s’immiscer dans un ouvrage théorique pour jouer, de l’intérieur avec le discours tenu dans les articles. Vous verrez par exemple comment dans l’article fondateur de S. Raymond “Comment devenir un hacker” le texte original reste là, et pourtant est subverti par le jeu de voilage d’Antoine Moreau qui en propose une sorte de ré-écriture. De la même manière, ce texte déjà mythique est devenu une référence pour Antoine Moreau qui s’en est inspiré pour écrire son “Comment devenir un artiste”. Il y a chez lui une sorte d’effacement naturel de l’égo, en parfaite cohérence avec le mouvement auquel il participe. L’esprit de contribution et de collaboration qui y règne est plus important que les personnes, l’œuvre est plus digne d’intérêt que l’artiste, le processus plus important que le résultat. A parcourir son site web et ses travaux, on mesure que le terme d’artiste a pris pour lui une valeur débarrassée de ses attaches romantiques. Il a déclaré lors de son entretien pour la recherche “web-art expérience” être « un artiste, peut-être ». Il faut moins comprendre qu’Antoine Moreau n’est pas sûr d’être un artiste, que le fait qu’il “peut” être artiste, que cela n’est ni gagné ni donné une fois pour toutes, que c’est une question ouverte et remise en jeu à chaque instant, à chaque décision.
On a le sentiment qu’Antoine Moreau travaille à l’invisibilité de ses oeuvres, qu’il considère moins les formes concrètes qu’elles ont que les processus d’échanges - par exemple ses “Sculptures confiées” - dans lesquelles il s’agit de “la confiance comme un des beaux-arts”, selon les beaux mots de Guillaume Fayard (La voix du regard, magazine de création littéraire, N°18, 2005). Et quand il n’est pas dans ces pratiques de l’entre-deux, du passeur ou du révélateur, ce sont des “peintures enregistreuses” qu’il réalise avec ses Vitagraphies. Toiles enregistreuses de pas et de traces déposées à même le sol en différents lieux publics en France et à l’étranger.

> Vitagraphie au sol, New-York, 17 novembre 2004, Antoine Moreau
Après avoir pratiqué la peinture et la sculpture, cet artiste a développé une approche singulière qui l’amène aujourd’hui à qualifier de proto-copyleft ses anciens travaux, montrant ainsi que la licence art-libre à laquelle il travaille aujourd’hui depuis près de dix ans, n’est que le prolongement d’un chemin tourné vers les questions du libre, du don, de l’entre, et des modalités et enjeux du copyleft.
Antoine Moreau a donné au CRAC (aujourd’hui LUX) de Valence une conférence le 17 janvier 2004, l’extrait qui suit permet de saisir l’esprit de sa démarche, aux frontières du visible et plus tournée vers la relation au lecteur-internaute-spectateur, bref, vers “l’autre”, que vers ce que nous nommons “oeuvre” dans ses dimensions et formulations concrètes d’objet ou de dispositif :
“Dés le départ peu motivé par le web, vitrine du net, je préférai approfondir ce qui avait moins de visibilité : le mail, les listes de diffusion, les canaux irc, les forums de discussion sur usenet et quelque chose d’aussi matériel et technique que l’esprit du réseau. Ma curiosité me portait davantage vers l’inconnu car les vitrines, j’en connaissais déjà l’existence. Ce qui me portait à m’intéresser au net c’était bien plus l’esprit qui pouvait régner au cœur de cette mécanique rhizomatique et qui faisait moteur.”
Voici deux ou trois questions qui lui ont été posées, lors de sa présentation à l’école des beaux-arts de Valence ce mardi 30 janvier 2007 :
Pourquoi le copyleft, ce verso du copyright, posé dans le contexte de l’art ? L’art n’est-il pas libre, par nature ?
Comment une licence, dispositif de droit, peut elle jouer ou faire jouer quelque chose entre les artistes ?
Peu pressé, il a donné ses réponses bien sûr, mais il a surtout ouvert de nouvelles façons de poser des questions, depuis d’autres lieux, peu fréquentés.
Luc Dall’Armellina
Antoine Moreau en 7 liens :
Sculptures confiées : http://antoinemoreau.org/index.php?cat=sculptures
Vitagraphies : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=7&expand=all
Peintures de peintres : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=4&expand=all
L.A.L : http://artlibre.org/licence/lal/
Divers textes : http://antomoro.free.fr/txt.html
Textes en rapport avec le libre : http://antomoro.free.fr/left/copyleft.html
Mémoire de DEA consacré au “Copyleft appliqué à la création artistique”, sous la direction de Liliane Terrier, Paris8 Université, 2005 :
http://antomoro.free.fr/left/dea/DEA_copyleft.html
















