“Music”, un jeu sans fin

novembre 23rd, 2008


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Madonna prête son nom à la mondialisation, ou du moins au développement de l’industrie culturelle. Elle fonde une organisation de travail de type capitaliste dans laquelle “l’artiste est moins un créateur qu’un travailleur et les oeuvres moins une création qu’un produit culturel”. Elle est un élément incontournable de la production culturelle de la mondialisation entraînant, entre autres, une forte réaction identitaire.
Madonna choisi d’incarner des personnages, des images, faisant comme si : “Like a virgin” ou “like a prayer”… autant de jeux de rôle. La mise à mort d’un personnage engage une nouvelle construction, et ainsi de suite. Elle les incarne successivement, en artiste pop.
La force esthétique du pop est de pouvoir tout transformer en image, comme les boîtes de soupes Campbell de Warhol. Madonna c’est l’Amérique, c’est Hollywood. Madonna c’est le star system.

Au premier regard “Music” peut apparaître comme une parodie de la culture Hip Hop. Tout les clichés y sont présent: la limousine kitsch, les accessoires bling-bling, la fourrure, la référence à Puff Daddy, etc… Dans le clip l’image commence avant la musique. Le mot “MUSIC” apparait à l’écran et ne dit rien d’autre que le titre de la chanson et sa forme. L’utilisation du mot est très présent. Les signes verbaux et visuels se mêlent. Deux signes appartenant à deux systèmes de natures différentes s’associent pour créer un troisième type de signe que l’on peut nommer “iconotexte”, selon l’expression d’Alain Montadon. Le mot acquiert alors une dimension plastique. Il devient autant un signe visuel que verbal. Il s’amplifie l’un l’autre. Ce processus participe à l’éxagèration des images données à voir.

Dans la partie animée du clip, Madonna apparaît en Worderwoman qui détruit “les méchants”, et des enseignes lumineuses sur lesquelles apparaissent les titres de ses chansons précédentes: “la Isla bonnita”, Like a virgin”, “Material girl”, “Rain”… Comme si la destruction symbolique des productions antérieures était nécessaire à la “nouvelle” Madonna. Une sorte de table rase de toutes ses précédentes incarnations.
Remarquons que Madonna se transforme aussi en sirène, puis en déesse indienne de la musique. Tout ces métaphores contribuent à voir Madonna dans un corps fantasmé, surhumain, surpuissant, plein.
Elle n’est pas un mais une totalité composé de multiples personnages.
Le corps de Madonna, comme un corps mystique, n’est plus un corps mais un ensemble de fragments qui tend à démentir le principe d’identité. La pratique fragmentaire en faisant un principe de métamorphose continue. Madonna perd toute stabilité pour rentrer dans un système de mobilité: “Madonna comme la postmodernité est une matière anonyme, docile au déploiement de la forme pour la forme.” Madonna joue à être Madonna, comme toutes les stars jouent à toutes les stars, comme MTV joue à MTV, un peu comme un enfant joue avec son corps pour le découvrir. On joue, on s’amuse, on ironise (Made, Pimp My ride, Mon incroyable anniversaire, Room Raiders, etc…). On se perd dans une confusion d’identités, de références, de signes qui en fait paradoxalement son unité.

La mise en scène et le montage du clip sont formés de combinaisons associant emboîtements, inclusions de parties dans une totalité. Des formes, des couleurs, des sons, des mots: en un sens une certaine pulsion combinée.
Aussi, toutes les pratiques de la dépense des signifiants s’opèrent: dépense physique (chant, danse, rire), dépense financière (dans le club de strip-tease), dépense de signifiants, de références… La mobilisation des dépenses assure l’efficacité du transfert d’un personnage à un autre. Son dynamisme est une exagération des clichés.
En fragmentant toute unité pour en refaire une nouvelle, l’esthétique postmoderne refuse de poser l’unité dans et à travers son mode de représentation. C’est l’esthétique sérielle du pop-Art par exemple. Le fragment est partout, comme lieu du “neutre” où les contradictions se résorbent.

“Music” condense l’opposition entre deux logiques: “celle qui tend à associer les fragments les uns aux autres en méconnaissant toute hétérogénéité entre eux, et celle qui assure la cohérence et l’unité des séquences multipliant les césures, les coupures et autres fractures.”
“Music” est une contradiction de sens, de références au profit de l’activité proliférante de la mondialisation.
Madonna fait une collection d’unitées séparées.
“Le problème avec les emballages est que l’on ne sait jamais ce qu’ils ont à offrir avant de les avoir déballés.”
Pour Lyotard, on “mesure la valeur des oeuvres au profit qu’elles procurent”.
Par ces procédés, Madonna subit transformation après transformation…
Peut-on voir la postmodernité comme un système où l’on arrive pas à en finir de rien…?


Texte écrit à partir de l’ouvrage d’Olivier Secardin, “le fragment comme jouissance de l’Idiot ou pour une herméneutique de l’hybridité: Mallarmé-Madonna”.

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