Chaumont, la suite (2)

juin 7th, 2007

— Impressions au Garage
« Nouvelles impressions françaises », exposition commissionnée par Vanina Pinter et Étienne Hervy, tout deux co-rédacteurs en chef de la revue Étapes. Un ensemble éclectique, des projets exemplaires. Une foule de pièce à regarder jusqu’à l’aveuglement, jusqu’à n’en plus soif. Rassurez-vous. Je ne discuterai pas ici de la pertinence des travaux exposés. Juste une constatation : la scène française du design graphique se réveille; enfin.

Claude Monet, Impressions, soleil levant, 1872
Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872

— On touche avec les yeux
Un écueil à mon sens : la scénographie. (—> photos ici et ici) Elle me fit penser à un étal de marché. Les tables, sur lesquelles étaient disposées les différentes éditions engageaient fortement à la consultation. Erreur. Une nappe en plastique transparent interdisait toute manipulation. Tel les bibelots de nos grand-parents dans leur vitrine. Je comprend bien la nécessité pour le comité d’organisation de préserver les éditions du grand nombre de visiteurs. Ceci étant, il ne s’agit pas — pour la plus part des éditions — de pièce unique. Alors pourquoi ne pas sacrifier un exemplaire au plaisir du public de le manipuler? Les pages cornées ou les couvertures pliées dévaloriseraient-elles le travail des graphistes? Alors Pourquoi sacraliser des objets issues d’une production de série?

Claes Oldenburg, Floor Burger 1962
Claes Oldenburg, floor burger, 1962

— « Ce message s’auto-détruira dans dix secondes »
Pourquoi ne pas accepter qu’un objet puisse être marqué par le temps, ou l’usage qu’il en est fait? À cet encontre, le programme officiel de la manifestation me parait plutôt pertinent comme objet. Une impression dont il subsiste les marquages de références offset, et dont l’encre s’étale sur la couverture et vous reste sur les mains pour peu qu’il fasse un peu chaud. Certaines pages n’ont pas été massicoté, et renferment ainsi au lecteur un contenu auquel il ne peut accéder qu’en déchirant la page. Le papier au touché vulgaire des catalogues de V.P.C. cède alors non-sans bavure. Le guide officiel, que l’on tient à longueur de journée, que l’on glisse dans le sac, par la dégradation qu’il subit, témoigne alors d’une temporalité.

Programme officiel de la manifestation (2007)
Guide officiel du festival de l’affiche, Chaumont, 2007

— Des oeillères !
Pour filer l’analogie du marché, je soulignerai la gagueure que représente à mon sens; de donner à voir un grand nombre de projets, côte à côte. Il en résulte un effet typique d’étal de marché, vous savez, quand les poireaux; très bien rangés entrent en résonance avec les courgettes et les poivrons rouge. Plus sérieusement, j’avoue qu’il m’est difficile d’apprécier les qualités plastiques d’un projet s’il ne dispose pas d’un espace blanc, un neutre pour se déployer, pour respirer. Nous ne parlons pas de sculpture me direz-vous, ni de peinture. Dans une librairie (pour une édition), ou dans la rue (pour une affiche) les conditions d’existence sont autrement plus difficiles que dans un espace d’exposition. Soit. mais, tel le musée — comme institution — pour les arts, le contexte du festival de l’affiche de Chaumont induit irrémédiablement un glissement de statut pour l’objet exposé : (pour la revue par exemple) de l’exemplaire à la pièce unique. Il ne faut s’y méprendre, les objets (affiches, livres, revues, etc.) sont à mon sens des témoignages. Ils n’existent pas hors du projet qui a concourut à leur naissance. Témoignage du parcours d’un projet. Un livre est rarement dans le domaine de l’édition fabriqué pour lui même, mais toujours envisagé comme le support à la diffusion d’une information.
La monstration du design graphique doit être pensé autrement que d’après le modèle académique qui préside à l’exposition d’art. (cf. Résidence DeValence au LUX scène nationale).

Vue de l'exposition
Vue de l’exposition Paul Rand aux Silos, Chaumont, 2007.

*(1) Photographies en lien par Denis Lecoq et Adrien Zammit.
*(2) Chaumont 2007 : d’autres points de vues : ici, ici, et ici.

Si le graphisme… (2)

juin 7th, 2007

Trois autres sources sonores au passage :

1* Jérome Peignot, PodCast(s) de diverses émission (France Culture) —> ici
2* Michel Wlassikoff, enregistrement du 2 mars 2006 dans le cadre des ateliers de rencontres de l’ENSAD (France Culture) —> ici
3* Massin, enregistrement du 1er février 2007 toujours aux ateliers de rencontres de l’ENSAD —> ici

(Rétrospective Massin à l’ENSAD l’hiver dernier) —> ici (par E. Mineur)