Chaumont, édition 2007.
mai 15th, 2007
— Pour l’information.
Le week-end dernier (12-13/05) la petite ville de Chaumont (en Haute-Marne) voyait l’ouverture du 18e festival international de l’affiche et des arts graphiques de Chaumont. Pour la première fois j’avais la chance de m’y rendre.
Au programme de la manifestation cette année : une rétrospective du travail de Paul Rand au Sillos, une installation de Richard Niessen, le garage accueille les impressions françaises et l’hotel de ville une énième présentation du fond d’affiche de la collection Dutailly.
— Crise d’épilepsie.
Départ cinq heures du matin, arrivée à Chaumont en fin de matinée. Était-ce l’expérience esthétique trois heures durant de l’autoroute, apaisante, régulière, équilibrée, au formes graphiques catégoriquement fonctionnelles, mais à notre arrivée, la profusion d’images, de signes semblait alors plutôt relever de la route de montagne : tortueuse, crispante, et nauséeuse.
La Chapelle des Jésuites, espace aux antipodes de la neutralité architecturale implique pour quiconque est invité à y exposer une réponse imposante en signes et en quantité. Mission : prendre le pas sur l’architecture jésuistique du XVIIe siècle. La scénographie de Richard Niessen est ici première sur les images données à voir. Elle joue avec l’analogie d’une vision moderniste de l’espace urbain. Les images qui structurent cet espace de monstration (à mon sens en échec) sont trop souvent décontextualisées, et prennent corps et statut d’illustration all-over. L’espace pictural semble écrasé, étouffé. Trop proche, trop nombreux, les signes ne peuvent se déployer et prendre en ampleur. Confinés, et imbriqués ils deviennent un tout. Un ensemble où le visiteur perd le lien avec les conditions de création de ces visibilités, et les principes qui présidèrent à leur élaboration.

La Chapelle des Jésuite, vue générale de l’exposition du designer graphique hollandais Richard Niessen
— la suite de l’article dans quelques jours —
Où est passé le texte, ou, le tout image ?
Comment Chaumont pense la monstration du graphisme ?
Liens
mai 20th, 2007 at 18:28
Je souhaiterai donner un avis différent du tien, pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’aller au festival…
Parmi les anciennes expositions dans la chapelle des Jésuites (M&M, Pierre di Sciullo, Toffe, Michel Quarez…), la plupart des gens ont été marqués par les scénographies de M&M et de Toffe. Je les ai moi-même beaucoup appréciées pour des raisons bien différentes.
M&M ont conçu des panneaux d’affichages personnalisés, disposés de manière très rigoureuse autour d’un box recouvert de moquettes M&M où y était projeté le clip qu’ils ont réalisé pour Bjork. Certes les panneaux étaient très beaux, la scénographie très rigoureuse, spacieuse, mais ce n’était pas extraordinairement original. Et les panneaux n’étaient pas réalisé par rapport au lieu d’exposition.
Toffe lui a réalisé une scénographie assez impressionante avec des meubles en polystyrène, avec des écrans incrustés dedans. Il a créé un espace de circulation nouveau par rapport au lieu, en créant dans l’allée centrale des box. Ses couvertures de livres étaient agrandies au format A0 et présentés à l’horizontale sur le mobilier polystyrène.
Le scénographe de Richard Niessen, Raf Snippe (je ne suis pas sûre de l’orthographe…), a fait un travail qui va de pair avec le travail de Richard Niessen. Il nous a expliqué qu’il avait vu des anciennes expos de la chapelle, et qu’il avait constaté que les scénographies avaient tendance à occulter le lieu, plutôt que de créer une harmonie entre le travail montré et l’architecture. Je trouve que la scénographie de Toffe, bien que réussie, était dans cette optique-là.
Aussi quand on entre dans la chapelle, on a un peu l’impression d’avoir un trésor en plein milieu de la pièce avec un bel éclairage. Il est vrai qu’on peut reprocher cet aspect sacralisateur. Mais je trouve que c’est tout de même une grande réussite, de par sa conception modulaire, pensée pour être montée/démontée/transportée facilement : tout est encastrable, une fois l’expo finie, on range chaque objet dans un sac spécifique, aux dimensions de chaque module, puis ils sont rangés ensuite dans des grosses boites qui servent de support à l’exposition, il n’y a plus qu’à fermer avec des couvercles, et de faire rouler tout ça dans un camion. Bon c’est pas très clair, mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est hyper fonctionnel, la taille des boites de transport a été pensée par rapport aux dimensions des portes de la Chapelle.
Quant à l’exposition des visuels, il est vrai qu’on se perd dans cet amas de signes, surtout que le travail de Richard Niessen est assez homogène. Mais je trouve que c’est une manière intrigante et intéressante d’offrir son travail au public. Pour une fois qu’on est pas dans un musée avec un parcours prédéfini, à se poser devant chaque œuvre de 5sec à 5min, lire le cartel, puis aller à l’œuvre suivante (ce qui était plus le cas de l’exposition de Paul Rand, où la scénographie semble ne pas avoir pris en compte l’espace de circulation, et que des gens allaient effectivement voir l’exposition !).
Quant à la décontextualisation des projets, d’une part, les projets ont été classés par thèmes, d’autre part, les remettre dans une nouvelle architecture est pour moi beaucoup plus sensé que de mettre des affiches sur un mur, pour le coup très lisible, mais avec rien d’autre autour, un espace aseptisé, la plupart du temps. La seule contextualisation des expositions d’affiches se situe dans les cartels, et encore ! Et quand une affiche est dans la rue, il me semble qu’elle est aussi noyée dans une mer de signe, contrairement à une affiche exposée dans un musée…
Je pense qu’il faut considérer cette exposition comme un nouveau travail, et non pas comme une simple rétrospective. Un peu à la manière du livre monographique de Mevis & Van Deursen, qui recrée des visuels à partir de leurs travaux. Au final, quand on regarde le livre, aucun texte (il me semble), aucune info sur les travaux, il est difficile même de les apprécier. C’est un travail à part entière à partir de matériaux existants. Je pense que la question se situe là…