Nous recevions Antoine Moreau ce mardi 30 janvier 2007 à l’école des beaux-arts de Valence.
Cet artiste, auteur et initiateur de la licence art-libre, doctorant en Sciences de l’Information et de la Communication à Sophia Antipolis, poursuit un travail aux frontières du visible, du conceptuel, en développant une esthétique singulière où le rapport à “l’entre” est central.

Antoine Moreau est à l’initiative du forum de diffusion (newsgroup) fr.rec.arts.plastiques et son expérimentation de la gestion et de la modération ont assurément développé sa praxis politique. Il est un acteur créatif et respecté du net-art, par ses dispositifs, son positionnement et sa réflexion-action politique à l’oeuvre dans ses productions.

Paul et Paule

> Le n° 46 de Papiers Libres, avec l’épisode de Paule et Paul d’Antoine Moreau, illustré par une photo de Nina par Caroline.

Auteur de textes manifestes tels que : “Comment devenir un artiste ?” ou “Socrate et la maïeutique
Auteur d’oeuvres sous forme de textes sans pourtant avoir écrit aucun de leurs mots, tels les “Intertextes”, qui ont une double existence : sur le livre “Libres enfants du savoir numérique“, anthologie des textes du libre réunie par Olivier Blondeau et Florent Latrive, publiée en 2000 aux Editions de l’Eclat et sur le site web de l’éditeur, où l’ouvrage est en accès libre et gratuit dans son intégralité.

Avec Intertexte Antoine Moreau ne se contente pas de faire un dispositif de plus. Il vient s’immiscer dans un ouvrage théorique pour jouer, de l’intérieur avec le discours tenu dans les articles. Vous verrez par exemple comment dans l’article fondateur de S. Raymond “Comment devenir un hacker” le texte original reste là, et pourtant est subverti par le jeu de voilage d’Antoine Moreau qui en propose une sorte de ré-écriture. De la même manière, ce texte déjà mythique est devenu une référence pour Antoine Moreau qui s’en est inspiré pour écrire son “Comment devenir un artiste”. Il y a chez lui une sorte d’effacement naturel de l’égo, en parfaite cohérence avec le mouvement auquel il participe. L’esprit de contribution et de collaboration qui y règne est plus important que les personnes, l’œuvre est plus digne d’intérêt que l’artiste, le processus plus important que le résultat. A parcourir son site web et ses travaux, on mesure que le terme d’artiste a pris pour lui une valeur débarrassée de ses attaches romantiques. Il a déclaré lors de son entretien pour la recherche “web-art expérience” être « un artiste, peut-être ». Il faut moins comprendre qu’Antoine Moreau n’est pas sûr d’être un artiste, que le fait qu’il “peut” être artiste, que cela n’est ni gagné ni donné une fois pour toutes, que c’est une question ouverte et remise en jeu à chaque instant, à chaque décision.

On a le sentiment qu’Antoine Moreau travaille à l’invisibilité de ses oeuvres, qu’il considère moins les formes concrètes qu’elles ont que les processus d’échanges - par exemple ses “Sculptures confiées” - dans lesquelles il s’agit de “la confiance comme un des beaux-arts”, selon les beaux mots de Guillaume Fayard (La voix du regard, magazine de création littéraire, N°18, 2005). Et quand il n’est pas dans ces pratiques de l’entre-deux, du passeur ou du révélateur, ce sont des “peintures enregistreuses” qu’il réalise avec ses Vitagraphies. Toiles enregistreuses de pas et de traces déposées à même le sol en différents lieux publics en France et à l’étranger.

NYC 17 novembre 2004
> Vitagraphie au sol, New-York, 17 novembre 2004, Antoine Moreau

Après avoir pratiqué la peinture et la sculpture, cet artiste a développé une approche singulière qui l’amène aujourd’hui à qualifier de proto-copyleft ses anciens travaux, montrant ainsi que la licence art-libre à laquelle il travaille aujourd’hui depuis près de dix ans, n’est que le prolongement d’un chemin tourné vers les questions du libre, du don, de l’entre, et des modalités et enjeux du copyleft.

Antoine Moreau a donné au CRAC (aujourd’hui LUX) de Valence une conférence le 17 janvier 2004, l’extrait qui suit permet de saisir l’esprit de sa démarche, aux frontières du visible et plus tournée vers la relation au lecteur-internaute-spectateur, bref, vers “l’autre”, que vers ce que nous nommons “oeuvre” dans ses dimensions et formulations concrètes d’objet ou de dispositif :
“Dés le départ peu motivé par le web, vitrine du net, je préférai approfondir ce qui avait moins de visibilité : le mail, les listes de diffusion, les canaux irc, les forums de discussion sur usenet et quelque chose d’aussi matériel et technique que l’esprit du réseau. Ma curiosité me portait davantage vers l’inconnu car les vitrines, j’en connaissais déjà l’existence. Ce qui me portait à m’intéresser au net c’était bien plus l’esprit qui pouvait régner au cœur de cette mécanique rhizomatique et qui faisait moteur.”

Voici deux ou trois questions qui lui ont été posées, lors de sa présentation à l’école des beaux-arts de Valence ce mardi 30 janvier 2007 :
Pourquoi le copyleft, ce verso du copyright, posé dans le contexte de l’art ? L’art n’est-il pas libre, par nature ?
Comment une licence, dispositif de droit, peut elle jouer ou faire jouer quelque chose entre les artistes ?

Peu pressé, il a donné ses réponses bien sûr, mais il a surtout ouvert de nouvelles façons de poser des questions, depuis d’autres lieux, peu fréquentés.

Luc Dall’Armellina

Antoine Moreau en 7 liens :
Sculptures confiées : http://antoinemoreau.org/index.php?cat=sculptures
Vitagraphies : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=7&expand=all
Peintures de peintres : http://antoinemoreau.org/g/category.php?cat=4&expand=all
L.A.L : http://artlibre.org/licence/lal/
Divers textes : http://antomoro.free.fr/txt.html
Textes en rapport avec le libre : http://antomoro.free.fr/left/copyleft.html
Mémoire de DEA consacré au “Copyleft appliqué à la création artistique”, sous la direction de Liliane Terrier, Paris8 Université, 2005 :
http://antomoro.free.fr/left/dea/DEA_copyleft.html

One Response to “Antoine Moreau, un artiste “peut-être””

  1. wow gold Says:

    A good book is the best of friends, the same today and forever

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