lundi 23 oct.2006 - La question du territoire dans l’Anti-Oedipe
novembre 27th, 2006
La projection du « A comme animal » , premier axe de réflexion de l’Abécédaire de Gilles Deleuze, a soulevé plusieurs notions : devenir-animal, mondes animaux, territoires et déterritorialisation. “Tout animal a un monde.” Et tout monde-animal reste étrange, étranger, parcouru d’instincts distincts, aux aguets, en quête de territoires et de lignes de fuite. Devenir-animal, c’est poursuivre l’altérité, c’est résister au lacis identitaire et policé, c’est échapper aux rets des appareils institutionnels, c’est redevenir vivant, homme, femme, enfant, animal, végétal.
A partir de ces concepts, il m’a semblé intéressant de creuser la notion de déterritorialisation au travers de quelques recherches que j’avais fait sur « L’anti-Œdipe », ouvrage écrit par Gilles Deleuze (DG) en collaboration avec Felix Guattari (FG), et parut en 1972.
L’Anti-Œdipe est le premier grand livre philosophique issu de la conjoncture de mai 68, et il eut un écho retentissant car il se positionne à la fois comme critique du Système capitaliste et de la psychanalyse Freudienne en les mettant en relation. C’est un ouvrage qui se compose de deux parties : « Capitalisme et Schizophrénie », le tome I, et « Mille plateaux », le tome II. Ce dernier est particulièrement connu pour le texte qui en a découlé, « Rhizome », qui a initié une longue série de travaux et de réflexion autour des réseaux. Ici, étant donné le sujet qu’il m’intéressait d’aborder, je parle principalement des notions du premier volet : « Capitalisme et schizophrénie ».
Il présente différents axes de réflexion :
_Les flux
_La critique du système capitaliste
_La critique de la psychanalyse freudienne
_La schizophrénie et le complexe d’Œdipe (Avec en postulat le concept de « schizo-analyse »)
Rq : le point de vue étant la question du territoire, ce sera selon ce seul point de vue que j’ai récolté des informations dans l’ouvrage.
1/ LES FLUX
Selon DG et FG, tout est question de flux. Une personne est un système de flux entrée/sortie, par exemple ne serait-ce que par sa physiologie, sa respiration (inspiration/expiration est un bon exemple de système de flux entrée/sortie).Cette personne s’insère dans une société qui est elle même un système de flux ; flux d’activités de personnes, de capitaux.. et selon les auteurs, tout peut alors être décodé dans un système de flux, ou codé à l’inverse.
La société alors constitue un corps qui est lui-même un système de flux, de codages et de décodages de flux, qui territorialise, reterritorialise ou déterritorialise les différents systèmes qui la compose – les gens.
(Par exemple on peut tout à fait comparer ce système au corps humain, qui est un système constitué d’organes aux fonctionnements spécifiques, qui sont eux-mêmes constitués de cellules aux fonctions et aux natures différentes, elles-mêmes générées par une formulation de molécules spécifiques..)
Ces personnes sont des points de coupures, jonctions/points d’encrage des flux. Elles apparaissent comme des interceptions ou points de départ d’Axiomes.
« Si une personne a des cheveux, ces cheveux peuvent traverser plusieurs étapes : la coiffure
de la jeune fille n’est pas la même que celle de la femme mariée, n’est pas la même que celle
de la veuve : il y a tout un code de la coiffure. La personne en tant qu’elle porte ses cheveux, se
présente typiquement comme interception par rapport à des flux de cheveux qui la dépassent
et dépassent son cas et ces flux de cheveux sont eux-mêmes codes suivant des codes très
différents : code de la veuve, code de la jeune fille, code de la femme mariée, etc. C’est finalement
ça, le problème essentiel du codage et de la territorialisation qui est de toujours coder les flux
avec, comme moyen fondamental : marquer les personnes, (parce que les personnes sont à
l’interception et à la coupure des flux, elles existent aux points de coupure des flux). »
source : « Les cours de Gilles Deleuze/ Anti-Œdipe et Mille-plateaux/ Cours Vincennes – 16/11/1971)
Ainsi , en appliquant une hiérarchisation décroissante, toute personne serait assignée à un système de territorialité car intégrée dans une structure axiomatique de circulation de flux ; ce système lui-même point d’axiome assigné à la territorialité d’un autre système, etc…
2/CRITIQUE DU SYSTEME CAPITALISTE
a/ Système capitaliste
Pour D. et G., le système capitaliste a pour base un système de codage de flux qui n’étaient pas assignés dans sa zone axiomatique « cernée ».
Ainsi, partant du principe que l’homme est une « machine désirante » (voir 3/), ils considèrent que le rôle et le développement du système capitaliste trouvent leurs bases de fonctionnement dans l’ « excitation » de ces machines désirantes (pour reprendre la métaphore des axiomes nerveux).
Ainsi, par la stimulation du désir, il se produit un flux sortant, « réactionnaire » de part son action de déterritorialisation, et la récupération de ce flux sortant et de son axiome de contact par le système créé un nouveau codage et donc une expansion de ce système…ainsi pour une croissance exponentielle.
Le paradoxe de cette étude, et ce qui en vaut la critique, consiste en ce que le Capitaliste, à sa base, s’est posé comme un renversement des codes sociaux connus jusque là ; mais, par la récupération de toutes ces négations, il en a recréé tout un système de codages.
Cf. « Sociétés primitives/colonisation. » Leclaire
« Ethnocide ». Jaulin
b/machines désirantes
Le désir est le moteur de fonctionnement des flux (voir aussi commentaire sur le « D comme désir ») :consommer, bouger, communiquer.
Selon la psychanalyse freudienne, Désir, ou peu importe, Inconscient, est imaginaire ou symbolique.
Il se repose sur la question du « familiarisme », qui consiste à référer la libido ,et avec elle la sexualité, à des postulats de constatations symboliques vis-à-vis d’une fonction familiale structurante.
Selon D. et G., le désir est une mécanique créée par la société et la « praxis » (contexte d’évolution historique, social et culturel , pour faire court) est fondamental à la compréhension de son stimuli.
D. et G. se placent en critique de la psychanalyse freudienne en ce sens que selon eux, elle s’intègre complètement au fonctionnement capitaliste, et que sa tendance plus qu’affirmée à se référer au familial en évinçant la « praxis », coupe le contact avec le dehors, créé un complexe, qui serait compensé à ce moment-là par le système capitaliste, placé en « métamoteur » créateur de « désir », alors que le désir est inhérent à la pensée humaine, et qu’elle n’a nul besoin d’un système capitaliste pour s’en rendre compte.
Le complexe ainsi généré par le complexe capitalisme/psychanalyse apparaît comme ce qu’ils qualifient de complexe d’Œdipe.
(Il est intéressant tout de même de constater que c’est la figure d’interprétation psychanalytique la plus connue qu’ils utilisent pour qualifier le complexe. Note : Felix Guattari était lui-même psychanalyste).
Remarque : la dernière partie, schizo-analyse et complexe d’Œdipe n’ayant pas de rapport direct avec la question du territoire, je n’en parlerait pas ici…. Voir le bouquin pour les audacieux….)
Ainsi la relation au territoire agit comme suit :
La société capitaliste capitalise (hihi… ☺) des flux qui stimulent des désirs de « déterritorialisation ».
Ainsi part un nouvel axiome, matérialisé par un point de fuite, qui, récupéré par le système, entraine le phénomène de « reterritorialisation », et ainsi l’expansion de la société. Par son expansion et l’assimilation de ce nouvel axiome, elle va codé de nouveaux flux, les territorialisés et en faire alors de nouveaux codes. Et ainsi de suite..
On pourra y voir peut-être le mode fonctionnement de ce que l’on appelle les mouvements « underground » ; qui naissent de façon ponctuelle et sans appellation donnée, jusqu’à ce qu’ils soient qualifiés comme tels et cessent alors d’être alternatifs pour être récupérés par la société qui en fait des « courants », ou des « mouvements », d’abord, puis qui les assimilent pour enfin qu’ils deviennent phénomènes de mode, quelles qu’en soient les échelles.
novembre 27th, 2006 at 20:38
J’ai pas tout compris evidemment (je me soigne), mais bravo Anne-Lyse, c’est très intéressant et très bien écrit!
mars 11th, 2009 at 4:08
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